Catch 22, de Joseph Heller

Publié en 1961, Catch 22 est directement inspiré des expériences de Joseph Heller pendant la Seconde Guerre Mondiale. L’histoire se déroule sur Pianosa, petite île située non loin des côtes italiennes. La chronologie est floue, mais suit l’inexorable augmentation du nombre de missions imposées aux aviateurs par le colonel Cathcart, de 25 à 80 (le récit s’ouvre à 45). Dénonciation virulente et hautement satirique de la guerre et de ses absurdités, Catch 22 s’attaque surtout à l’ineptie des responsables américains. Dans cette île perdue entre le front et l’arrière, seuls comptent le profit et les médailles : peu importe que la mort soit celle d’alliés ou d’ennemis, de civils ou de militaires. Tout ce qui compte est de...

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L’herbe de novembre, d’Antonio Gala

Après Gudú, le roi oublié, me voici de nouveau condamnée à vous parler d’un livre que vous ne lirez jamais, faute de traduction française. Noviembre y un poco de yerba, d’Antonio Gala, est une pièce de théâtre publiée en 1967. Ce huis-clos à quatre voix met en scène Diego et Paula, couple semblable à des milliers d’autres, à ceci près que Diego est un déserteur. Il vit caché dans la cave de Paula, avec la mère de celle-ci, depuis plus de vingt ans, et n’ose pas sortir crainte de se faire arrêter. Dénonciation ancrée dans le contexte de la guerre civile espagnole, cette œuvre qui pousse les personnages jusque dans leurs derniers retranchements est aussi une réflexion profonde sur la folie, l’amour et l’illusion. Autant de...

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Dracula, de Bram Stoker

Qui ne connaît pas le nom du plus célèbre des vampires ? Largement utilisé dans la culture populaire, le Comte Dracula est moins souvent imité : à la lecture du roman de Bram Stoker, j’ai été plutôt surprise du traitement du sujet. Plus sombre et moins sanglant, plus haletant et moins sexuel que ce à quoi je m’attendais, tel fut pour moi Dracula. Érotique sans aucun doute (n’oublions pas qu’il a été publié en 1897) mais discret, tout en allusions efficaces. Des feux follets d’Europe centrale aux tombes d’Angleterre en passant par les asiles, les navires et les trains du XIXème siècle, les paysages se succèdent sans se ressembler, dans des descriptions à la fois terrifiantes et poétiques. Roman épistolaire, l’histoire du...

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Fragments sauvés des ruines de mon esprit, de Philip José Farmer

Cette longue nouvelle de Farmer, parfait et angoissant exemple de mise en abyme, pose des questions terrifiantes sur la base d’une histoire incroyablement simple. La Terre est confrontée à l’arrivée d’une mystérieuse Sphère dans l’espace. On ignore si elle est peuplée d’extra-terrestres hostiles : toujours est-il que, suite à son apparition, tous les êtres humains de la planète s’éveillent en ayant oublié les trois jours qui précèdent le 1er juin 1980. Le 2 juin ils ont oublié la veille ainsi que trois jours de plus en remontant le temps, et ainsi de suite jusqu’à ce que 32 ans d’existence soient effacés… Fragments sauvés des ruines de mon esprit donne à lire les enregistrements audio de Mark, Américain moyen....

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Blanche-Neige et ses versions

Blanche-Neige est un des contes les plus célèbres et les plus repris. Pourquoi fascine-t-il autant ? La princesse, belle et naïve, ne se démarque pas des autres héroïnes de contes de fées. Il faut donc que l’originalité de cette histoire réside ailleurs, notamment dans le personnage de la reine, belle, cruelle et sorcière : autant de caractéristiques que peu d’antagonistes féminins réunissent dans les textes de Grimm. Pourtant, cela ne suffit pas, et peut-être est-ce le mélange de ces éléments avec le comique des nains, et le réalisme de certaines situations, qui fait l’originalité du conte, et a donné lieu à autant de réinterprétations. Avant d’évoquer les reprises, rappelons la première version des frères Grimm. J’ai été frappée...

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Les Hauts de Hurlevent, d’Emily Brontë

J’ai lu Les Hauts de Hurlevent trois fois en anglais, et je compte bien le relire une quatrième fois tant je trouve ce roman fascinant. Romantique aux accents gothiques, réaliste teinté de fantastique, l’œuvre d’Emily Brontë est un monde à part entière, poétique et mystérieux, lande balayée par les vents dont la beauté n’a d’égale que l’étrange cruauté. Beauté qui commence dès le titre original, Wuthering Heights, plutôt bien rendu par la traduction française. Beauté difficile d’accès aussi, pour le lecteur qui suit Mr. Lockwood, citadin dont le récit à la première personne est écrit dans un style si ampoulé qu’il a bien failli me décourager. Heureusement, c’est ensuite Nelly Dean qui prend la parole,...

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Génocides, de Thomas Disch

Comme son titre le laisse présager, ce roman des plus pessimistes imagine un avenir hostile à l’homme. Des plantes étranges envahissent notre planète, et font en quelques années disparaître toute autre forme de vie : les civilisations s’effondrent, et nous suivons un groupe contraint de se cacher sous terre pour survivre. Terrifiant huis-clos d’anticipation, Génocides rassemble des personnages banals, que les circonstances amènent à repousser leurs limites. C’est ainsi que certains tombent dans la pire caricature, tandis que d’autres s’élèvent en héros imprévus. Jusqu’à ce que tous se retrouvent confrontés à la même insupportable vérité, et tombent enfin les masques. J’ai aimé Génocides, car c’est une grande et puissante leçon de relativisation. On peut y voir...

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