L’herbe de novembre, d’Antonio Gala

Après Gudú, le roi oublié, me voici de nouveau condamnée à vous parler d’un livre que vous ne lirez jamais, faute de traduction française. Noviembre y un poco de yerba, d’Antonio Gala, est une pièce de théâtre publiée en 1967. Ce huis-clos à quatre voix met en scène Diego et Paula, couple semblable à des milliers d’autres, à ceci près que Diego est un déserteur. Il vit caché dans la cave de Paula, avec la mère de celle-ci, depuis plus de vingt ans, et n’ose pas sortir crainte de se faire arrêter. Dénonciation ancrée dans le contexte de la guerre civile espagnole, cette œuvre qui pousse les personnages jusque dans leurs derniers retranchements est aussi une réflexion profonde sur la folie, l’amour et l’illusion.

Autant de passions qui avalent le lecteur malgré lui. La mère de Paula a perdu la raison quand on a bombardé sa maison et tué l’homme qu’elle aimait. Amante éternellement éconduite, ses chansons incohérentes trouvent parfois un écho inattendu dans la réalité. Diego, pris entre la peur de mourir et la lâcheté, père de trois fils qu’il n’a jamais pu reconnaître, lutte pour ne pas devenir fou. Paula est la seule à pouvoir sortir de la maison. Elle tente tant bien que mal de rendre Diego et sa mère heureux, en écrivant de fausses lettres des enfants disparus, en rejouant chaque soir la même scène d’amour avec Diego… Parce que faire semblant est le seul moyen de continuer à vivre sans sombrer dans la folie.

C’est un transistor qui met fin à cette danse macabre. Cadeau de Paula qui reconnecte Diego à la réalité, à la musique, aux informations… Et notamment à cette nouvelle : tous les déserteurs sont pardonnés. Diego est libre de sortir, d’épouser Paula, de redevenir un homme : leur vie peut enfin recommencer. Mais l’amour résiste-t-il à vingt ans d’illusions ? Dans Noviembre y un poco de yerba, l’homme victime de la guerre ne récolte que la mort, tandis que les femmes succombent à la folie devant la solitude. La pièce de Gala m’a absorbée lentement, mais sûrement. À chaque page, la tension monte et les limites de l’être humain se font plus palpables, jusqu’à la déchirure finale.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous eu l’occasion de lire Antonio Gala en espagnol ? Connaissez-vous d’autres pièces de théâtre engagées ? Dans L’herbe de novembre, j’ai été frappée par l’amour de Paula pour Diego, qui lui donne la force de rejouer chaque jour la même scène, pour faire croire à son mari que la vie continue 🙂

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