Gudú, le roi oublié, d’Ana María Matute

Autant vous l’annoncer tout de suite, cet article va s’avérer long et frustrant. Long parce que je vais vous raconter par le menu Gudú, le roi oublié, frustrant parce que vous ne pourrez jamais le lire, vu que ce roman espagnol n’est pas traduit en français. Je l’ai découvert lors d’un voyage à Barcelone : il m’a été conseillé par la personne chargée de me faire passer le test de niveau dans l’école où j’allais rester deux semaines. Dernière information avant de plonger dans cette histoire formidable : Ana María Matute siège à l’Académie royale d’Espagne, elle a reçu de nombreux prix et pourrait bien finir par obtenir le Nobel. C’est donc un auteur à lire (treize de ses œuvres ont été traduites)… Et une bonne raison d’apprendre l’espagnol !

Olvidado rey Gudú, dans sa version originale, raconte la vie du roi Gudú, en commençant par le grand-père de celui-ci. L’histoire se déroule dans le royaume d’Olar, où les enchanteurs et les ondines côtoient les Amazones et les malédictions de contes de fée. Le père de Gudú, Volodioso, est un roi terne et guerrier, qui s’en sort plutôt bien sur le plan psychologique, puisqu’il a tué son père après que celui-ci ait décapité sa mère à coups de hache. Ardid, sa mère, épouse Volodioso pour se venger de lui : il a tué sa famille et conquis son royaume, une terre de soleil près de la mer du Sud. Son plan consiste à lui faire un fils qui régnera en maître sur tout son empire : Gudú.

Plusieurs obstacles viennent contrecarrer la stratégie de la très intelligente Ardid. Pour commencer, elle tombe amoureuse de l’homme qu’elle hait, et décide d’ensorceler Gudú en emprisonnant son cœur dans une urne, afin de le rendre incapable d’aimer. Seules des larmes versées par Gudú pourront briser le sortilège… Ensuite, Volodioso a plusieurs fils de ses autres femmes : quatre brutes épaisses et un prince absolument parfait, Predilecto. Il se trouve que ce prince va tomber éperdument amoureux de la parfaite princesse qu’Ardid destine à son fils : Tontina, héritière de Cendrillon et de Blanche-Neige et princesse jusqu’au bout des ongles. Elle a reçu des dons des fées à la naissance, et une malédiction pour faire bonne mesure : elle ne connaîtra qu’un seul baiser d’amour.

Comme vous pouvez vous en douter, le mariage de Gudú et de Tontina est un échec. Gudú est une sorte d’Athéna masculin incapable d’aimer autrement que sexuellement ; Tontina a une cervelle de moineau et un cœur empli de romantisme. Elle s’enfuit donc avec son bien-aimé Predilecto, et meure dans ses bras après l’avoir embrassé. C’est le début d’une longue errance pour ce prince, qui côtoie le peuple misérable des Desdichados sans pouvoir les aider, et conquiert sans le savoir le cœur d’une ondine qu’il rendra à jamais malheureuse. Gudú se remarie avec la princesse des pirates, Gudúlina, qu’il aime autant qu’il en est capable. Mais sa soif de pouvoir le pousse à étendre son royaume vers le désert de l’Est, où vivent les femmes amazones, dont il finit par épouser la reine. C’est alors que les multiples enfants de Gudú entrent en scène. Sa fille illégitime (à tel point qu’il ignore son existence) est celle qui lui ressemble le plus : elle veut l’aider à gouverner Olar. Son fils Gudúlin souffre de perversité congénitale et meurt assez jeune ; ses jumeaux sont élevés par Ardid et d’un tempérament très doux. Enfin, les enfants qu’il a de la reine amazone cherchent à l’assassiner.

Tous ces personnages se heurtent, s’affrontent, s’allient et, bien souvent, se comprennent lorsqu’il est trop tard. Olvidado rey Gudú, c’est avant tout l’histoire du royaume d’Olar : son expansion, son apogée et son effondrement. Quand ils ne s’enfuient pas dans l’inconnu et la mélancolie, les protagonistes s’entretuent : Gudú finit seul, face à lui-même. Quand il voit son reflet dans le lac près de son palais, il est vieux, défait, moqué, il a tout perdu : c’est alors qu’il pleure, et ses larmes font déborder le lac, qui finit par engloutir tout le royaume dans une mer d’oubli.

J’ai absolument adoré Olvidado rey Gudú. On y retrouve tous les ingrédients d’un bon roman de fantasy, empreints d’un sens profond, presque philosophique, qui s’incarne dans chacun des multiples personnages de l’histoire. Ce n’est pas toujours un texte facile, mais c’est un récit prenant, qui met en scène les excès d’une ambition démesurée, du roi conquérant à la reine stratège en passant par la guerrière vengeresse. Olvidado rey Gudúce sont aussi des paysages inoubliables : les vignobles du Sud, les steppes du désert, les mines des Desdichados, le lac d’Ondine, autant de lieux que l’imagination dépeint sans peine. Autant d’éléments qui me persuadent qu’il est urgent de lire d’autres romans d’Ana María Matute !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous lu l’une des œuvres de Matute ? Connaissez-vous d’autres histoires qui ressemblent à Gudú, le roi oublié ? J’aime beaucoup les romans mêlant fantasy et conte philosophique, à la manière de L’Histoire sans fin. N’hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires 🙂

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