Les Hauts de Hurlevent, d’Emily Brontë

J’ai lu Les Hauts de Hurlevent trois fois en anglais, et je compte bien le relire une quatrième fois tant je trouve ce roman fascinant. Romantique aux accents gothiques, réaliste teinté de fantastique, l’œuvre d’Emily Brontë est un monde à part entière, poétique et mystérieux, lande balayée par les vents dont la beauté n’a d’égale que l’étrange cruauté.

Beauté qui commence dès le titre original, Wuthering Heights, plutôt bien rendu par la traduction française. Beauté difficile d’accès aussi, pour le lecteur qui suit Mr. Lockwood, citadin dont le récit à la première personne est écrit dans un style si ampoulé qu’il a bien failli me décourager. Heureusement, c’est ensuite Nelly Dean qui prend la parole, domestique et témoin fidèle de l’histoire de Catherine et Heathcliff. Récit enchâssé dans un récit, dont on regrette parfois que la narratrice soit si terre-à-terre, si désespérément extérieure à la passion destructrice des protagonistes. Il y a Catherine, fière, belle, égoïste ; il y a Heathcliff, taciturne, déterminé, implacable. Deux êtres qui s’aiment car ils se ressemblent, et que toute la société de l’époque sépare : Hindley, le frère jaloux et aigri, puis Edgar Linton, riche héritier d’une grande propriété.

C’est un conflit digne d’une tragédie grecque qui se joue sous nos yeux, tant l’affrontement et la violence paraissent inéluctables, portés par les personnages dès le début du roman, puis transmis à la génération suivante tels une malédiction. On y retrouve comme dans l’Antiquité la lutte autour d’un territoire, la propriété de Hurlevent, et autour d’une femme, Catherine. Néanmoins, les enjeux du roman restent très intimistes : ce qui passionne le lecteur est l’amour absolu que Catherine et Heathcliff se vouent l’un à l’autre, et le bonheur que chaque personnage se débat en vain pour trouver. À travers Catherine et Edgar Linton, deux visions du monde incompatibles se réunissent, au détriment d’un amour qui ne supporte pas d’être ignoré. Le choix de Catherine signe la naissance d’une vengeance terrible, calculatrice et meurtrière, dont seuls Cathy et Hareton réchapperont. Sans oublier Nelly, témoin involontaire, conteuse discrète dont la vie propre n’est jamais évoquée, condamnant sans la comprendre une passion résolument moderne.

Les Hauts de Hurlevent est un livre qui se mérite. Le style est complexe avant de devenir limpide, et le lecteur autant que les personnages subissent une véritable catharsis. Œuvre du XIXème siècle et roman moderne, à la croisée des genres et des passions, le texte d’Emily Brontë ne vous laissera pas indifférent.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous apprécié Les Hauts de Hurlevent ? C’est en l’honneur de son auteur que j’ai appelé le personnage principal de La Bibliothèque Émilie, c’est vous dire à quel point il m’a marquée 😉

2 Commentaires

  1. Caro
    4 Mar 2017

    J’ai prévu de le lire ce mois-ci. J’ai hâte de faire la connaissance de cette mystérieuse histoire de Catherine et Heathcliff… On trouve tellement de références à leur sujet!

    • Pauline Deysson
      6 Mar 2017

      J’espère qu’il vous plaira ! Il est difficile à classer, tant il est original et différent des autres œuvres de la même époque. Il faut être patient, surtout si vous le lisez en anglais, car l’un des personnages parle en argot, et le narrateur du début, Mr. Lockwood, a un style assez ampoulé. Mais une fois entrée dans l’histoire, c’est un délice !! Bonne lecture 🙂

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