Blanche-Neige et ses versions

Blanche-Neige est un des contes les plus célèbres et les plus repris. Pourquoi fascine-t-il autant ? La princesse, belle et naïve, ne se démarque pas des autres héroïnes de contes de fées. Il faut donc que l’originalité de cette histoire réside ailleurs, notamment dans le personnage de la reine, belle, cruelle et sorcière : autant de caractéristiques que peu d’antagonistes féminins réunissent dans les textes de Grimm. Pourtant, cela ne suffit pas, et peut-être est-ce le mélange de ces éléments avec le comique des nains, et le réalisme de certaines situations, qui fait l’originalité du conte, et a donné lieu à autant de réinterprétations.

Avant d’évoquer les reprises, rappelons la première version des frères Grimm. J’ai été frappée par la grande cruauté de la reine, qui demande au chasseur de lui rapporter le foie et les poumons de Blanche-Neige comme preuve de sa mort. Il lui donne ceux d’un marcassin, qu’elle mange avec délice : autant d’actes et d’objets chargés de symbolique. Elle s’acharne ensuite à tuer la princesse sous maints déguisements, et c’est alors que le comique fait irruption : un nain trébuche en portant le cercueil de verre jusqu’au palais du prince, et déloge ainsi le morceau de pomme resté coincé dans la gorge de Blanche-Neige. Puis la cruauté change de camp, et c’est toute une joyeuse compagnie qui regarde en riant la méchante reine danser avec des souliers de fer chauffés à blanc jusqu’à ce que mort s’ensuive. Autant de contradictions et de détails insolites qui expliquent l’attrait que des générations d’enfants et d’adultes ont éprouvé pour ce conte : plutôt qu’un rêve féerique, c’est presque une histoire réaliste qui se joue ici, avec ses retournements imprévus et la valse éternelle de l’innocence, de la jalousie et de la vengeance.

J’évoquerai ensuite trois films, trois interprétations du conte de Grimm qui m’ont profondément marquée : le dessin animé de Walt Disney, Blanche-Neige : le plus horrible des contes, de Michael Cohn, et Blancanieves, de Pablo Berger. Trois versions qui mettent chacune en valeur un aspect différent du conte. Disney en fait une histoire pleine de poésie, où la méchanceté devient plus diffuse, à la fois moins glauque et plus symbolique : la reine veut le cœur de la princesse mais ne le mange pas, et elle meurt terrassée par la nature. Dans le film de Michael Cohn, l’horreur est au contraire plus présente, mais aussi plus humaine : la méchanceté de la reine s’apparente plus à de la folie, et l’on a parfois pitié d’elle, tandis que Blanche-Neige est moins innocente, et le comique disparaît complètement, remplacé par le tragique d’un drame qui aurait presque pu être évité. Enfin, il y a Blancanieves, en noir et blanc, muet, qui transpose le conte dans les années 20, au Sud de l’Espagne. Des musiques somptueuses, des acteurs géniaux, et une version étonnamment proche du texte de Grimm, mêlant poésie, cruauté et comique. Un film terriblement humain et réaliste, beau et tragique, que je ne peux pas voir sans vibrer d’une grande émotion.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Connaissez-vous d’autres versions de Blanche-Neige ? Laquelle préférez-vous ? Je trouve très intéressant de comparer les histoires, car cela permet de faire ressortir les forces de chaque interprétation, tout en continuant à explorer les significations du conte original. 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

13 − dix =

Par ici, lecteur !

Cet article vous a plu ? Parlez-en autour de vous !