La Mort vivante, de Stefan Wul

Avec un titre aussi intrigant que contradictoire, cette nouvelle est, des trois que j’ai lues de Stefan Wul, celle que j’ai préférée. Ce n’est pas seulement un énième scénario post-apocalyptique, doublé d’une expérimentation à la Frankenstein : c’est avant tout une passionnante réflexion sur la nature de la vie. J’ai longtemps réfléchi après l’avoir achevée, et je ne parviens toujours pas à déterminer si la fin est heureuse ou non. La Mort vivante raconte l’histoire d’un sympathique biologiste, qui habite sur une Vénus accueillante bien que très puritaine. Mais la religion n’aime pas le savoir, et notre scientifique se retrouve contraint d’aller sur une Terre toxique, presque intégralement sous les...

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La petite souris grise, de la Comtesse de Ségur

J’adore tous les contes de la Comtesse de Ségur : ils donnent à voir un univers original, des personnages attachants et des histoires pleines de rebondissements. Pourquoi, alors, choisir d’écrire sur ce conte plutôt que sur un autre ? Peut-être parce que, de tous ceux que la Comtesse a écrit, c’est celui dont l’héroïne est la moins parfaite. Rosalie est la fille d’un génie. Elle est née pendant un conflit critique entre son père et la fée Détestable : celle-ci a profité d’un moment d’absence pour s’introduire auprès du nourrisson et la doter de tous les défauts possibles. Son père est parvenu à la sauver de justesse… Mais la fée a tout de même eu le temps de lui donner une dévorante curiosité. Le conte est le récit du combat de Rosalie contre cette curiosité....

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Une descente dans le Maelström, d’Edgar Poe

Parmi les nombreuses nouvelles d’Edgar Poe, Une descente dans le Maelström est de celles qui m’ont le plus marquée. Le narrateur écoute un homme raconter comment il a survécu à un maelström géant qui a tué ses deux frères. Avant de lire cette nouvelle, je n’avais du maelström que l’image des films hollywoodiens : un tourbillon sans fond qui entraîne tout sur son passage. Ce qui a fait la différence est la plume d’Edgar Allan Poe. Il décrit les effets du maelström autant que son aspect, du point de vue d’un homme qui y tombe, et se fait balloter comme un fétu de paille par les vagues géantes. En le lisant, j’avais l’impression d’y être. J’étais aussi saisie que le narrateur par la beauté de ce titan...

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Marmoisan ou l’innocente tromperie, de Mademoiselle L’Héritier

Marmoisan raconte l’histoire de Mulan à la mode européenne du XVIIème siècle. Pour éviter à son père le déshonneur, Léonore prend la place de son frère décédé dans l’armée du roi, et devient Marmoisan, tandis que sa sœur se fait passer pour un valet. J’ai trouvé ce conte drôle et juste à la fois. Les défauts des deux sexes y sont peints avec une fraîcheur intemporelle : dans le camp, toute la gente soldatesque admire Marmoisan, qui se garde si bien des plaisirs de la chair et de la boisson, et manie son épée avec autant de brio que sa langue. A contrario, Marmoisan doit prend garde à ne pas rire trop fort, et à ne pas « témoigner beaucoup de chagrin […] pour du linge mal blanchi et des habits mal pliés […] car ce n’est pas le défaut des hommes d’être si...

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La Belle et la Bête, de Mme Leprince de Beaumont

Ce conte est l’un de mes préférés. Repris d’un conte original de Mme de Villeneuve, lui-même tiré d’un conte ancien de tradition orale, ses origines se perdent dans les limbes de l’humanité. Le talent de Mme Leprince de Beaumont a été de lui donner une forme succinte, et d’en faire un concentré de sens plus efficace que la version très en longueur de celle qui l’a précédé. Vous connaissez tous l’histoire de Belle qui, pour sauver son père, prend sa place dans le château de la Bête. Château enchanté, peuplé de serviteurs invisibles, et Bête aimable, dont la douceur et l’intelligence finissent par séduire Belle. La malédiction est brisée par l’amour, et c’est ainsi que la Bête redevient homme. La morale est très proche de Riquet à la Houppe ou du Prince...

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Le Horla, de Maupassant

Cette nouvelle est un classique, et sa réputation est méritée. Le Horla, c’est l’histoire d’un homme qu’une présence invisible poursuit sans répit. Journal intime inachevé, impossible de dire si le narrateur s’est suicidé ou s’il a perdu la raison. Dans cette nouvelle, la peur va de pair avec la folie : c’est du fantastique au sens propre, impossible de déterminer si le narrateur est fou ou si cette présence mystérieuse est réelle. L’histoire est d’autant plus intéressante que, si le Horla est réel, la peur vient toute entière du narrateur. Cette créature invisible ne fait rien de proprement effrayant : elle boit du lait, observe, change peut-être un ou deux objets de place. Mais pas de coups, pas...

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