Les Deux Enfants Royaux, des frères Grimm

Les Deux Enfants Royaux est un de mes contes préférés : il mêle à certains éléments originaux plusieurs épisodes que l’on retrouve de manière individualisée dans de nombreux contes, tels que Dénichet ou La Plume de Finist-Clair-Faucon. Il s’avère plutôt difficile à trouver sur Internet, et vous ne l’aurez sans doute pas lu à moins d’avoir parcouru les contes de Grimm dans leur entier : je me permettrai donc de vous le raconter en détail. L’histoire commence avec prince sous le joug d’une malédiction, qui le condamne à mourir à ses 16 ans à cause d’un cerf. Le jour dit, voilà que le prince chasse un mystérieux cerf pendant plusieurs heures. Le cerf, qui s’avère enchanté, le conduit à un château : là-bas, un roi...

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Les mots perdus, de Catulle Mendès

Ce conte de 1888 fait partie de ceux qui se lisent une fois, et se retiennent longtemps. L’intrigue est simple : une fée, courroucée pour une raison que l’histoire ne dit pas, décide de punir le pays qui l’a offensée en rayant de la mémoire de ses habitants les mots « Je vous aime ». Privés de cette phrase toute simple, cette province finit bientôt par dépérir. L’amour existe toujours mais ne peut plus se dire, et toutes les romances périclitent… Jusqu’à ce que la fée se retrouve prise à son propre piège. On retrouve dans Les mots perdus le style élégant du XIXème siècle : des phrases longues, bien construites, efficaces, poétiques et non dénuées de satire dans l’exagération des caractères. Ainsi du rire de la fée « qui...

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Blanche-Neige et ses versions

Blanche-Neige est un des contes les plus célèbres et les plus repris. Pourquoi fascine-t-il autant ? La princesse, belle et naïve, ne se démarque pas des autres héroïnes de contes de fées. Il faut donc que l’originalité de cette histoire réside ailleurs, notamment dans le personnage de la reine, belle, cruelle et sorcière : autant de caractéristiques que peu d’antagonistes féminins réunissent dans les textes de Grimm. Pourtant, cela ne suffit pas, et peut-être est-ce le mélange de ces éléments avec le comique des nains, et le réalisme de certaines situations, qui fait l’originalité du conte, et a donné lieu à autant de réinterprétations. Avant d’évoquer les reprises, rappelons la première version des frères Grimm. J’ai été frappée...

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Le conte du genévrier, des frères Grimm

Le conte du genévrier commence comme Blanche-Neige. Il y a du sang sur la neige, il y a une marâtre et un enfant persécuté ; mais cette fois l’enfant est un garçon, et l’histoire tourne vite à la tragédie Atride. J’ai rarement lu un conte d’une telle noirceur, où les actions sanglantes côtoient l’innocence la plus pure. L’écriture est légère, presque poétique, et l’horreur succède sans prévenir à la joie de vivre. Le bon et le mauvais s’enchaînent à un rythme haletant : l’indifférence du narrateur devant les événements n’est pas sans rappeler la dureté de la vie elle-même, qui poursuit son cours quoi qu’il arrive. On retrouve également dans Le conte du genévrier beaucoup de symbolique. Le cercle...

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Cendrillon, de Perrault et de Grimm

Cendrillon est un conte universel. Qui ne connaît pas l’histoire de cette pauvre fille maltraitée par sa belle-famille, dont la beauté et la gentillesse triomphent lorsqu’elle épouse le prince que ses méchantes sœurs convoitaient ? La juste récompense de la bonté et de l’innocence se retrouve dans de nombreux contes de fées : alors pourquoi Cendrillon est-il un des plus populaires ? Que ce soit chez Grimm ou Perrault, il y a ce détail qui n’en est pas un : la pantoufle qui permet au prince de retrouver sa dulcinée. Au-delà de la métaphore sexuelle évidente, c’est aussi le parallèle sentimental de deux âmes qui trouvent chacune « chaussure à leur pied ». C’est ce côté unique de l’amour vrai, qui ne repose pas simplement...

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La petite souris grise, de la Comtesse de Ségur

J’adore tous les contes de la Comtesse de Ségur : ils donnent à voir un univers original, des personnages attachants et des histoires pleines de rebondissements. Pourquoi, alors, choisir d’écrire sur ce conte plutôt que sur un autre ? Peut-être parce que, de tous ceux que la Comtesse a écrit, c’est celui dont l’héroïne est la moins parfaite. Rosalie est la fille d’un génie. Elle est née pendant un conflit critique entre son père et la fée Détestable : celle-ci a profité d’un moment d’absence pour s’introduire auprès du nourrisson et la doter de tous les défauts possibles. Son père est parvenu à la sauver de justesse… Mais la fée a tout de même eu le temps de lui donner une dévorante curiosité. Le conte est le récit du combat de Rosalie contre cette curiosité....

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Marmoisan ou l’innocente tromperie, de Mademoiselle L’Héritier

Marmoisan raconte l’histoire de Mulan à la mode européenne du XVIIème siècle. Pour éviter à son père le déshonneur, Léonore prend la place de son frère décédé dans l’armée du roi, et devient Marmoisan, tandis que sa sœur se fait passer pour un valet. J’ai trouvé ce conte drôle et juste à la fois. Les défauts des deux sexes y sont peints avec une fraîcheur intemporelle : dans le camp, toute la gente soldatesque admire Marmoisan, qui se garde si bien des plaisirs de la chair et de la boisson, et manie son épée avec autant de brio que sa langue. A contrario, Marmoisan doit prend garde à ne pas rire trop fort, et à ne pas « témoigner beaucoup de chagrin […] pour du linge mal blanchi et des habits mal pliés […] car ce n’est pas le défaut des hommes d’être si...

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