Les Deux Enfants Royaux, des frères Grimm

Les Deux Enfants Royaux est un de mes contes préférés : il mêle à certains éléments originaux plusieurs épisodes que l’on retrouve de manière individualisée dans de nombreux contes, tels que Dénichet ou La Plume de Finist-Clair-Faucon. Il s’avère plutôt difficile à trouver sur Internet, et vous ne l’aurez sans doute pas lu à moins d’avoir parcouru les contes de Grimm dans leur entier : je me permettrai donc de vous le raconter en détail.

L’histoire commence avec prince sous le joug d’une malédiction, qui le condamne à mourir à ses 16 ans à cause d’un cerf. Le jour dit, voilà que le prince chasse un mystérieux cerf pendant plusieurs heures. Le cerf, qui s’avère enchanté, le conduit à un château : là-bas, un roi ordonne au prince de surveiller chacune de ses trois filles à tour de rôle pendant la nuit, sans s’endormir. Celles-ci demandent à une statue (un « Christoph de pierre » dans le texte original) de répondre à sa place au roi quand il passera à minuit : le prince sort victorieux à moindres frais de cette première tâche.

Commence alors une deuxième série d’épreuves. Couper une forêt avec une hache de verre, nettoyer un étang avec une pelle de verre sans en enlever les poissons, ôter les épines d’arbustes piquants recouvrant une montagne et s’en servir pour construire un château : autant dire que sans l’aide de la plus jeune princesse et de son foulard magique faisant sortir les travailleurs de terre, le prince n’en aurait pas mené large. Rapprochés par ces défis, les deux jeunes gens tombent amoureux : hélas, ils ne peuvent s’unir tant que les deux sœurs aînées de la princesse ne sont pas mariées.

La coupe est pleine : les amants s’enfuient. Poursuivis par le roi et la reine, ils se métamorphosent tour à tour en buisson à la rose, en église au pasteur et en étang au poisson. La reine, voyant enfin que sa fille ne reviendra pas, lui fait cadeau de trois noix magiques et lui rend sa liberté. Arrivés dans le château du prince, la mère de celui-ci l’embrasse, lui faisant oublier celle à qui il doit la vie (il l’a laissée dans la forêt pour revenir la chercher en grande pompe). Commence alors la quête de la princesse pour retrouver son prince : embauchée comme servante au château, elle se sert des robes cachées dans ses noix magiques pour obtenir de passer la nuit auprès du prince qui doit sous peu épouser une autre femme. Endormi par cette autre princesse, le prince n’entend pas les lamentations de son aimée. La troisième nuit, averti par ses serviteurs, le prince ne prend pas sa potion, et s’éveille quand sa bienaimée l’appelle. La mère et la princesse ennemie sont bannies : les deux amants peuvent enfin s’épouser.

Les Deux Enfants Royaux est un conte étonnant, truffé de paradoxes. Pourquoi le prince se voit-il imposer tant de labeurs par un roi étranger qui n’a, manifestement, aucune envie de lui donner une de ses filles ? Pourquoi seule la troisième princesse vient-elle l’aider, alors qu’il a passé une nuit avec chacune d’entre elles ? Pourquoi la mère de la princesse, qui les poursuit avec acharnement, change-t-elle d’avis à la troisième occasion ? Pourquoi la mère du prince lui fait-elle oublier ses aventures d’un baiser ? En termes de hauts faits, toute la gloire revient à la princesse : c’est elle qui fait sortir les travailleurs de terre avec son foulard, elle qui poursuit le prince qui l’a oubliée, le reconquiert par la ruse et pardonne son infidélité. Chaque protagoniste est soumis à des épreuves : trois pour le prince, trois qui sont communes, trois pour la princesse. Un conte équilibré, original, qui interpelle autant qu’il fascine, par cet assemblage d’éléments poétiques, magiques et symboliques. Émancipation des enfants, protection à double tranchant des parents, ingratitude, pardon, autant d’épreuves de la vie qui sont reportées dans cette histoire riche en interprétations.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Connaissiez-vous ce conte de Grimm ? Peut-être avez-vous lu Dénichet, également connu sous le nom de Drôle d’oiseau, où l’on retrouve la poursuite des amants qui se métamorphosent pour passer inaperçus ? Ou Finist le faucon blanc, qui raconte le long voyage d’une modeste jeune fille pour reconquérir le prince Finist ? Lequel de ces contes préférez-vous ? 🙂

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