Maître Puce, d’E.T.A. Hoffmann

Publié en 1822, Maître Puce allie à la magie, à la poésie et à l’humour propres aux contes d’Hoffmann des personnages atypiques et plus surréalistes que jamais. Cette étrange histoire en sept chapitres narre les aventures d’un certain Peregrinus Tyss, jeune homme timide craignant les femmes, dont s’entiche une belle inconnue. Récit initiatique, acceptation de la mort, découverte de l’amour et passage à l’âge adulte : tels sont les thèmes variés que dissimule l’apparition du prince des puces, la lentille permettant de lire dans les pensées et l’énigmatique princesse Gamaheh. Réincarnations, mondes mêlés et dupliqués à l’infini, ce récit original et rocambolesque multiplie les rebondissements et les interprétations, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Fidèle à son habitude, Hoffmann déploie dans ce conte de nombreux jeux de miroir. Tour à tour confus à la façon de Princesse Brambilla et précis comme Le vase d’or, Maître Puce met en scène des personnages à double voire triple visage. Peregrinus Tyss se voit rapproché de George Pépusch, lui-même incarnation du chardon Zéhérit, figure de l’amant vigoureux. Le personnage de l’amoureux se démultiplie à travers les savants Leuwenhoek et Swammerdam, le génie Thétel, le prince vampire Egel et Maître Puce, qui gravitent autour de la princesse Gamaheh, alias Aline, alias Dortje Elverding. Chaque protagoniste semble être la facette d’un même cristal dont les aspects sont explorés au fil des chapitres.

La morale de Maître Puce partage avec Petit Zacharie surnommé Cinabre son ambiguïté. Toute l’histoire n’est-elle que la fantasmagorie d’un poète ? Seule la lentille magique dévoilant les pensées comporte un soupçon de sérieux, objet révélateur d’une affreuse hypocrisie que Peregrinus a la sagesse de ne pas utiliser sur la femme qu’il aime. La lentille cristallise ce qui pourrait être l’avertissement principal de l’histoire : les apparences sont trompeuses en tout et l’amour est une sorte de miracle aussi aléatoire qu’inexplicable. Le cœur autant que l’esprit est apte à discerner la vérité, semble murmurer maître Puce à notre oreille : sollicitez chacun d’eux pour ne pas vous laisser abuser par des illusions. Surtout, gardez l’œil ouvert, au cas où la magie d’un songe croise votre chemin !

Et vous, avez-vous déjà lu Maître Puce ? Qu’en avez-vous pensé ? Tour à tour louée et condamnée, l’illusion est peut-être le nœud de ce récit, tromperie dont les microscopistes prétendent triompher, au point de s’aveugler sur les dessins plus grands dont eux-mêmes ne forment qu’une partie. Illusion, magie ou bien poésie seraient-elles les autres noms de la lentille magique ? N’hésitez pas à vous rendre sur Wikisource si vous désirez lire l’intégralité du conte !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

dix-huit − 5 =

Par ici, lecteur !

Cet article vous a plu ? Parlez-en autour de vous !