Le lotus et le robot, d’Arthur Koestler

J’ignorais tout d’Arthur Koestler avant de lire cet essai. Hongrois, passionné de la France, naturalisé Britannique, juif ayant échappé de peu aux nazis, la vie de ce grand intellectuel du XXème siècle pourrait être un roman à elle seule. Découvert dans le cadre de mes lectures pour Vivre, Le lotus et le robot m’a transportée bien au-delà de ce que j’imaginais. Cet essai à la croisée du récit de voyage, de l’analyse ethnologique et de la quête spirituelle se propose de comparer deux pays, l’Inde et le Japon, et d’y trouver une réponse aux angoisses de l’Occident : c’est avec cet objectif en vue que Koestler part interroger mystiques, yogis et moines zen en tout genre pendant près de six mois.

Le bilan de son voyage est plutôt mitigé. Il vilipende sans concession, mais avec humour, les pratiques excessives du Yoga et du Zen. En Inde, il faut tordre ses muscles dans les positions les plus invraisemblables, mutiler sa langue pour boucher ses narines de l’intérieur, avant d’apprendre, délice ultime « à cligner de l’anus afin de parvenir à l’Union avec Brahma ». Au Japon, on médite pendant des heures sur des aphorismes aussi absurdes que « Qu’est-ce que le Zen ? Trois livres de lin », et l’on atteint l’illumination à force d’affirmer que « ce qui est, est. » En Inde le père est sacré : il a le droit, comme le fit Gandhi, d’interdire à ses enfants d’aller à l’école et de se marier. Au Japon, si la vie sexuelle s’avère plutôt décomplexée, chacun vit dans la peur permanente d’offenser son prochain.

Autant de manières de vivre et de croire qui sont aux antipodes des nôtres, et ne produisent pas plus de miracles chez leurs pratiquants que chez nous. Koestler revient de son voyage « assez fier d’être Européen », car en dépit de ses défauts, l’Europe a su évoluer là où l’Asie est restée statique. Le lotus et le robot a été écrit en 1960 : le Japon et l’Inde ont certainement changé depuis cette époque, mais il est intéressant de s’arrêter sur ce que furent ces pays, dont les traits dépeints par Koestler n’ont sans doute pas tous disparu en 60 ans. On pourrait reprocher à cet essai de rester trop en surface. Koestler n’a pas vécu longtemps dans les contrées orientales : pour reprendre les mots de René Duchac, sa critique, quoique légitime, s’applique peut-être davantage à des brochures touristiques qu’à l’âme véritable de l’Inde et du Japon… Disons qu’à défaut d’être exhaustif, Le lotus et le robot reste vrai. Dépaysement garanti !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Connaissez-vous Arthur Koestler ? Son œuvre la plus célèbre, Le Zéro et l’infini, porte sur les dérives du communisme : je compte bien la lire à l’occasion. J’ai adoré Le lotus et le robot, qui ne m’a pas paru aussi dépassé que ce que la date de publication pourrait faire craindre. N’hésitez pas à commenter, je lirai vos messages à mon retour de vacances ! Rendez-vous le 16 septembre sur Facebook pour le tirage au sort du concours anniversaire de La Bibliothèque 😉

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