La Bibliothèque au Salon Fantastique de Paris

Novembre 2018 ouvre ses portes en même temps que le 7ème Salon Fantastique de Paris. Encouragée par les blogueurs et auteurs qui prévoient de s’y rendre, je décide de satisfaire ma curiosité. Ce salon, dont la thématique ne vous aura sans doute pas échappée, regroupe bien sûr des auteurs, mais également des artisans et des passionnés de jeu de rôle. Les conférences thématiques s’y tiennent non loin de l’esplanade réservée au concours de costumes, tandis que dans l’arène des padawans de tous horizons s’entraînent au sabre laser en attendant de rencontrer les acteurs secondaires de sagas mondialement connues. Autant vous dire que les livres, s’ils ont leur place ici, ne sont pas au centre de l’attention comme au Salon du Livre de Paris. Dans le doute, j’embarque mes deux romans et quelques marques-pages : on ne sait jamais.

Le Salon Fantastique, c’est avant tout une ambiance. À votre arrivée, si vous ne vous êtes pas renseigné(e) au préalable, une sorcière, un chevalier ou un extra-terrestre vous mettent la puce à l’oreille : l’entrée est en effet gratuite pour toute personne venant déguisée. Quand vous passez les portes de ce petit salon, une odeur de fondue mâtinée de frites vous plonge dans un monde à part, tandis qu’autour de vous les faunes côtoient monstres, diables, princesses, ménestrels et fées grandeur nature. Dans les cinq allées du salon, vous trouverez de tout : auteurs (dans des proportions tout à fait honorables), mais aussi armures, brassards de cuir, cookies médiévaux, montres à gousset délicieusement désuètes, dessins (Tim Burton, Harry Potter, Totoro, Le Seigneur des Anneaux, il y en a pour tous les goûts), bibelots magiques, sacoches médiévales… Si vous êtes entré en jean, tout est réuni ici pour vous permettre de révéler l’être secret qui sommeille en vous. Comptez néanmoins 50€ pour le petit sac façon Moyen-Âge, 100€ les colliers, 300€ et plus les robes et autres costumes. Mettons cela sur le compte de l’exactitude historique : hier comme aujourd’hui, seuls les élus de dame Fortune ont les moyens de se procurer la tenue de leurs rêves…

Prenez garde en vous promenant dans les allées à ne pas vous faire éborgner par une corne de satyre, et profitez du spectacle. Tentez les conférences, qui valent le détour : celle sur les Super-Héros dans l’Histoire vous apprendra ainsi que Batman a porté du rose et connu une probable période homosexuelle. Plus intéressant encore, vous découvrirez que Captain America incarnait à l’origine le surhomme de l’avenir, combattant un Hitler retranché dans un château médiéval… Et que dire de Black Panther, premier super-héros noir au centre de l’action, issu d’une Afrique hautement développée, affrontant les passéistes barbares du Klan ? On comprendra que la censure ait exigé de dépolitiser les comics pendant la Guerre Froide… Au point de transformer une Wonder Woman émancipée en femme au foyer craignant de traverser un ruisseau. Il y aurait presque de quoi vous faire regretter de n’être venu que l’après-midi, et d’avoir loupé l’intervention portant sur la place des femmes dans la fantasy, et celle sur la figure du Mal absolu.

Quid de la littérature ? J’ai été agréablement surprise de constater que les étals de petites maisons d’édition voisinaient avec ceux d’auteurs autoédités, regroupés en collectif ou possédant leur propre stand. Du côté des éditeurs, nous retrouvons notamment Malpertuis (ils m’ont donné leur carte), les Éditions Underground (j’ai subtilisé un de leurs catalogues) et Elenya éditions (partenaire officiel du salon). Parmi les autoédités, je citerai Nathalie Bagadey (dont le site fourmille de bons conseils et avec qui j’ai eu le plaisir de discuter quelques minutes), Lucie Dyal (qui m’a présenté son roman avec un enthousiasme contagieux), Myriam Caillonneau (je me suis laissée attrapée par ses couvertures) et les Auteurs Indépendants du Grand Ouest (le premier stand d’autoédités que j’ai croisé). Entre deux stands, j’ai rencontré Virginie Wicke, blogueuse et co-fondatrice du Prix des Auteurs Inconnus (promis, sa chronique de Vivre va bientôt arriver). J’ai également investi dans deux numéros d’Étherval, revue qui publie des nouvelles d’auteurs français pour rappeler au monde que les Anglo-saxons ne sont pas les seuls maîtres de l’imaginaire. Si cette sélection hautement subjective ne vous suffit pas, la liste exhaustive des intervenants est disponible sur le site officiel du Salon Fantastique.

Quel bilan tirer de cette journée ? Si j’ai apprécié l’ambiance, les conférences et les rencontres, je n’ai pu m’empêcher de remarquer qu’une grande majorité d’auteurs (édités et autoédités confondus) pianotaient sur leur téléphone à l’abri derrière leur stand. Une autre catégorie hasarde un « bonjour » timide aux passants qu’une jolie couverture arrête, sans engager la conversation… Et c’est fort dommage ! En tant que lectrice, j’aime être abordée par un auteur, et j’ai beaucoup apprécié que certains me présentent leur livre de vive voix, au lieu de me laisser lire le résumé en silence. La communication s’apprend : quand j’y ai été confrontée en tant qu’auteur au salon de Loos, j’ai décidé de sauter à l’eau ! C’est le seul moyen de toucher un public inondé de nouveautés.

Ce qui nous mène à ma deuxième observation sur le Salon Fantastique : de très (trop) nombreux livres se ressemblent, à tel point que je peine parfois à arriver au bout de la quatrième de couverture sans me lasser ! Prophéties, héroïnes que des mâles mystérieux initient à d’incroyables pouvoirs, empires à sauver, on a parfois l’impression de relire encore et toujours la même histoire, où seuls les noms et les époques changent. Ce reproche pourrait aussi bien être adressé aux polars ou aux romances, qui obéissent à leurs propres schémas. Mais c’est la raison pour laquelle je n’ai acheté aucun roman sur ce salon : l’évasion ne me suffit pas, j’attends aussi de la fantasy qu’elle me propose une rencontre, une réflexion hors des sentiers battus. Quand la moyenne du prix des livres sur place s’élève à 19€, je ne prends pas le risque d’acquérir un livre qui ne m’emballe pas à 100% ! Pour mémoire, Vivre (440 pages) et Grandir (500 pages) coûtent chacun 15€…

Et vous, êtes-vous déjà allé(e) au Salon Fantastique de Paris ou à un autre salon thématique ? Qu’en avez-vous pensé ? De mon côté, je songe à rejoindre l’association des Auteurs Indépendants du Grand Ouest, et j’ai plus envie que jamais d’accroître mes pérégrinations livresques. Qui sait, peut-être irai-je même aux Imaginales d’Épinal en 2019 ? 😉

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