Casse-Noisette et le Roi des souris, d’E.T.A. Hoffmann

Paru en 1816, adapté plutôt que véritablement traduit par Alexandre Dumas, repris par Tchaïkovski dans son ballet éponyme, Casse-Noisette et le Roi des souris est l’un des contes les plus connus d’Hoffmann. Grande passionnée du ballet, j’étais ravie de lire l’histoire originale et je n’ai pas été déçue ! Féerie, aventure et humour sont au rendez-vous dans ce conte où les jouets s’animent le soir de Noël, sous les yeux ébahis d’une petite spectatrice de sept ans, Marie Stahlbaum. C’est le début d’un conte plein de magie, à la croisée du rêve et de la réalité, dont Marie ne ressortira pas indemne : le casse-noisette qu’elle affectionne, aux yeux si expressifs en dépit de son absurde laideur, doit en effet combattre le terrifiant Roi des souris à sept têtes, dernier rejeton de l’impitoyable dame Mauserink.

Les personnages de Casse-Noisette et le Roi des souris sont aussi ambivalents que ceux du Vase d’or. Drosselmeier, conseiller de justice et parrain de la fratrie, aux mains habiles et aux étranges histoires, rappelle à bien des égards le mystérieux archiviste Lindhorst. Les parents de Marie évoquent quant à eux les figures de la Raison, persuadés de leur bon droit et aveugles à la magie de la poésie. Marie cependant n’est pas éprise d’idéal comme le poète Anselme : elle voit le monde avec ses yeux d’enfants, et c’est là que repose toute la dualité et le fantastique du conte. Un roi qui tue pour n’avoir pas eu assez de lard, une noix incassable, des sucreries faisant l’objet d’un odieux chantage, le sérieux des adultes se mêle à celui des enfants pour créer une atmosphère mystérieuse, drôle et pourtant inquiétante.

Marie a-t-elle tout imaginé ? Ou bien se rend-elle véritablement au pays des poupées, où coule le lait et où brillent de toute éternité les guirlandes de Noël ? Comme tous les contes fantastiques, Casse-Noisette et le Roi des souris n’apporte pas de réponse à cette question. Il se conclut par un épilogue, que je n’ai pas réussi à trouver en français, faisant référence à la réédition du conte en  1819 dans le recueil des Frères de Saint-Sérapion. Comme dans le Décaméron, des personnages fictifs, parmi lesquels Lothar, Cyprian et Theodor, s’y réunissent pour se conter des histoires, et débattent ensuite de ce qu’ils ont entendu… Ici, ils s’interrogent sur la logique de l’histoire de Casse-Noisette, estimant que ce récit trop fantaisiste multiplie les ficelles au détriment de la compréhension des enfants. Mais l’important n’est-il pas qu’à leur image, nous soyons emportés dans l’histoire au point d’oublier ce qui nous en sépare ? Telle est la magie de la poésie et de l’innocence qu’elle réclame, cette magie même qui rend Casse-Noisette et le Roi des souris si réel.

Et vous, avez-vous lu ce conte ? Qu’en avez-vous pensé ? Si vous souhaitez le lire, il est disponible en français (à l’exception de l’épilogue) sur Wikisource. J’ai adoré redécouvrir ce conte et explorer l’univers féerique du royaume des poupées, décrit avec beaucoup de poésie. La plume d’Hoffmann, poétique et tendre, pleine d’humour et de mystère, me plaît davantage à chaque conte. 🙂

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