Une année placée sous l’égide de la plume

Les débuts d’année sont l’occasion de nombreux événements éditoriaux auxquels j’ai rarement pris le temps de m’intéresser. Ce fut donc un grand bonheur, autant qu’une belle surprise, de pouvoir assister au Prix des lecteurs Gallimard, remis le 15 janvier 2018 au siège de cette prestigieuse maison. Immeuble haussmannien, cour intérieure, escalier de marbre, parquets vernis, petits fours et champagne fournirent le cadre de cette soirée. Se déroulait-elle en face de la maison d’Antoine Gallimard ? Je vois mal sinon ce que pouvait être ce mystérieux logis qu’une pelouse inattendue séparait de nous au premier étage, avec ses grandes fenêtres et ses toiles de maître, mais je n’ai pas posé la question à l’intéressé quand je lui ai serré la main.

Pourquoi ne pas avoir saisi cette occasion pour donner un de mes marque-pages à celui qui dirige la plus prestigieuse maison d’édition française et a édité Harry Potter ? Afin de ne pas passer pour une suppliante ou une narcissique, certes, mais surtout parce que Gallimard jeunesse n’est pas Gallimard. De même que partout ailleurs en France, la différence est très nette entre la collection blanche, candidate aux prix littéraires, et la branche jeunesse, rarement mise sous le feu des projecteurs. La blogueuse Cornelia, rencontrée durant cette soirée, était d’accord avec moi : la fantasy, la science-fiction et tous ces romans que l’on réserve aux jeunes sous prétexte qu’ils enfreignent les lois du réalisme recèlent pourtant de nombreuses pépites. Exclus des prix médiatisés, on ne leur donne jamais la chance de toucher un lectorat plus adulte : les romans parus chez Gallimard jeunesse en 2017 ne figuraient même pas au catalogue des œuvres éligibles au Prix des lecteurs.

Dichotomie regrettable, qui autorise des auteurs tels que Lévy et Musso à participer au Goncourt, tandis qu’un Tolkien (abstraction faite des dates et des nationalités) en est exclu. Au sein même de maisons d’édition spécialisées dans les œuvres non réalistes, on trouve d’innombrables sous-catégories, qui distinguent la fantasy urbaine de la fantasy médiévale, l’uchronie de la dystopie, la science-fiction de l’anticipation… Et imposent, chacune à leur manière, des limites à l’imaginaire. La Bibliothèque se plaît à briser ces frontières, pour le plus grand plaisir de nombreux lecteurs dont Folittéraires, Novaniou et Bookpearl. Paradoxalement, Gallimard jeunesse me semble être la seule maison d’édition qui permette un tel mélange au sein de ses collections, du Clan des Otori à Cœur d’Encre en passant par À la Croisée des Mondes !

Ne vous méprenez pas, je reste ravie d’avoir assisté au Prix des lecteurs, et je remercie Sally Rose du Club de lecture : les rencontres parisiennes sans qui cela n’aurait pas été possible ! Le discours du lauréat René Frégni fut très instructif, plein de passion et de souvenirs qui m’ont donné envie de découvrir ses livres. Et vous, avez-vous déjà assisté ou participé à des prix littéraires ? 🙂

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