Sortilège, de M. R. James

Salué par Lovecraft, Montague Rhodes James est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles fantastiques. Méconnu en France, il est cependant resté célèbre parmi les Anglosaxons, qui le considèrent comme un précurseur du genre. Recherchant un volume de Henry James, j’ai acheté par mégarde les Histoires de fantômes de M. R. James… Et je ne le regrette pas. Son style léger, non dénué d’humour, happe immédiatement le lecteur dans chacune de ses nouvelles. En quelques lignes, les personnages sont posés et l’ambiance anglaise est au rendez-vous… Subrepticement, ce quotidien de tasses de thé et de vieux papiers nous entraîne dans la peur et le surnaturel : c’est dans Sortilège que le talent de M. R. James est pour moi à son apogée.

Débutant dans l’ambiance feutrée d’une association académique, cette nouvelle glisse peu à peu dans la superstition et les runes ensorcelées. De commérages bourgeois en consultations innocentes au British Museum, le respectable Edward Dunning, sommité d’alchimie, se retrouve bientôt témoin d’étranges phénomènes : des messages mystérieux, des voix dans la nuit, une présence à ses côtés, au fur et à mesure que le temps passe, l’angoisse est de plus en plus intenable… Jusqu’à ce qu’il rencontre Henry Harrington, dont le frère est mort dans d’étranges circonstances. Simple coïncidence ? Après une montée en puissance haletante, Sortilège laisse le lecteur en proie aux mêmes hésitations que les personnages.

M. R. James dépeint avec brio l’intrusion du surnaturel, qui transforme un environnement familier en lieu inconnu et inquiétant. Ses récits se rattachent au fantastique traditionnel, celui qui inquiète et ne s’explique pas, celui que seuls des narrateurs à la première personne peuvent transmettre, de bouche à oreille. Ce qui m’a plu dans Sortilège est le caractère particulièrement intangible du surnaturel, et la manière dont les personnages décident de le combattre, en dépit de leurs convictions les plus profondes. L’action inhabituelle de ces deux hommes profondément banals fait tout le sel et la surprise de cette histoire (publiée, ne l’oublions pas, en 1911).

Et vous, connaissez-vous M. R. James ? Son écriture n’est pas sans rappeler Le Horla de Maupassant ou La Vénus d’Ille de Mérimée, mais il ajoute à ses nouvelles une atmosphère typiquement anglaise, installant son lecteur dans des cadres rassurants qu’il se plaît à ébranler. Sortilège est assez difficile à trouver en français : si votre anglais est d’attaque, vous pouvez vous mesurer à la version originale sur le site de Thin Ghost.

Petit bonus : attendez-vous à recevoir très prochainement des nouvelles de Vivre, qui sera publié le 15 septembre 2018 ! 😀

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