Riquet à la houppe, de Charles Perrault

Riquet à la houppe n’est pas sans rappeler La Belle et la Bête : il s’en écarte cependant en bien des égards. Là où le conte de Madame Leprince de Beaumont met en avant l’amour désintéressé qui fait le propre de l’homme, Charles Perrault s’inscrit davantage dans le débat précieux autour de la nature de l’amour. Un homme laid d’une grande intelligence s’éprend d’une ravissante princesse affublée d’un piètre esprit : guidé par une bonne fée, le récit suit un cours prévisible jusqu’à la traditionnelle fin heureuse. Il n’en reste pas moins distrayant, bien construit et non dénué d’une pointe de cynisme.

L’histoire s’ouvre sur le prince qui lui donne son nom : Riquet à la houppe est difforme, mais reçoit le don de l’intelligence et charme bientôt son entourage. Ainsi en va-t-il également de la fille cadette de la reine d’un pays voisin, qui naît laide mais brillante. Tel n’est pas le cas de sa sœur, dont la beauté n’a d’égale que la profonde stupidité. Perrault place d’office l’intelligence comme une vertu supérieure à la beauté, mais ne laisse pas de dépeindre un monde cruel : sitôt que ces deux qualités s’allient, elles débouchent sur le mépris de qui ne les possède pas. Contrairement à La Belle et la Bête, la bonté est ici une vertu qui fait défaut à tous les personnages.

Toute l’ironie de Riquet à la houppe est contenue dans sa double moralité, rappelant que l’amour pare l’être aimé de toutes les qualités, indépendamment de sa nature. L’accent est cependant mis davantage sur l’apparence que sur l’intellect : la subite intelligence de la princesse n’est pas aussi largement commentée par le narrateur que la beauté miraculeuse de Riquet à la houppe. Peut-être est-ce une manière de dire que l’amour a plus vite fait de rendre beau qu’intelligent, et une façon de rendre hommage à l’esprit qui ne s’acquiert pas sans une longue pratique. La seconde moralité semble toutefois contredire cette idée. En effet, comment le brillant Riquet à la houppe a-t-il pu s’énamourer d’une imbécile autrement que par « un agrément invisible » ? Ne devient-il pas ainsi victime du diktat des apparences que sa condition devrait lui avoir appris à condamner ?

Et vous, avez-vous lu Riquet à la houppe ? Qu’en avez-vous pensé ? Si j’apprécie l’ironie subtile de Perrault, j’ai de beaucoup préféré la réécriture de Madame Leprince de Beaumont, Le Prince Spirituel, qui situe chaque qualité à son juste niveau. Comme toujours, le conte original est disponible gratuitement sur Wikisource !

 

Illustration de Charles Folkard

Le contraste entre Riquet à la houppe et la princesse est très bien rendu dans cette illustration de Charles Folkard.

Illustration de Gustave Doré

La préparation du repas de noces de Riquet à la houppe a tout du conte de fées : comme toujours, Gustave Doré recrée à merveille l’ambiance du conte.

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