Livre Paris 2019

Le samedi 16 mars 2019 commence tôt. Levée à 6h du matin pour écrire ma page quotidienne, je me rends à la librairie de la Mairie à Maison-Alfort pour inaugurer, avec une dizaine d’autres autoédités, la vitrine des auteurs indépendants que Sabine et Pascal Delord ont eu la gentillesse d’ouvrir à nos romans. Comme toujours lorsque Fateah Issaad préside à l’organisation, bonne humeur et gourmandises sont au rendez-vous. En quelques secondes, les tréteaux sont posés et la table garnie de livres plus alléchants les uns que les autres. Parmi les auteurs, je rencontre Léna Lucily, créatrice de la websérie Sorceraid, Mao P et ses Chroniques d’Eyridian, Isabelle Piraux ou encore Lielie Sellier et leurs romans respectifs. Fantasy, tranches de vie, feel-good, albums pour enfants, tous les genres sont au rendez-vous ! Au total, nous vendrons 50 livres, dont 5 exemplaires de Grandir et 1 de Vivre. Un succès qui, nous l’espérons, est le premier d’une longue série.

À midi, je file vers mon autre rendez-vous du week-end : l’incontournable salon du livre de Paris. Si la fantasy était à l’honneur en 2018, tel n’est pas le cas en 2019. Aucune conférence d’envergure sur le sujet, aucun auteur majeur en dédicace. Je distribue donc mes marque-pages aux fidèles de Bernard Werber, Mathias Malzieu et Sophie Jomain, mais je ne rencontre pas le succès espéré. Les files d’attente sont petites (faut-il inculper les gilets jaunes ?), repliées sur elles-mêmes façon pâte feuilletée (j’ai toujours préféré la pâte sablée, bien plus nette, lisse, idéale pour la distribution de marques-pages) et les lecteurs semblent peu enclins à m’écouter (me serais-je essoufflée dans ma lancée ?). Au total, j’ai atteint une moyenne de 70 visites par jour sur mon site durant le salon, très inférieure aux 180 que j’avais eues l’an dernier. Parmi les stands remarquables, je citerai l’étalage des fruits déshydratés pour les astronautes, qui a le mérite de faire prendre du recul…

Le programme officiel de Livre Paris 2019 n’a pas daigné inclure les conférences de Librinova et Amazon dans sa liste : j’ai donc boudé bien malgré moi des échanges qui auraient pu s’avérer plus enrichissants que les débats officiels. Si l’histoire des éditions Métailié s’est tissée de rencontres et de passion, celle des éditions de L’Olivier révèle à l’inverse un certain narcissisme. La scène Agora fut une déception : au lieu d’une réflexion sur des thèmes aussi riches que la joie et la beauté, les intervenants moralisent de manière éculée sur Jésus et l’agriculture bio. De la figure du monstre à la fabrique des escrocs en passant par l’écriture de la folie, la morale semble en effet omniprésente dans ce salon. Point d’ouverture d’esprit, de recul, d’analyse distanciée du présent. Partout, sur la scène du Polar, sur la Grande Scène, dans les Coulisses de l’édition, les intervenants présentent leurs livres, et ne parlent pas littérature. On publie Hitler et les pamphlets de Céline sous couvert d’historicité : dans ce cas, pourquoi ne pas remettre en avant les anciens conciles et textes catholiques débattant de l’existence de l’âme chez la femme ? Les sommets sont atteints dans la dernière conférence, sur la littérature et la morale, qui s’ouvre avec les violences faites aux femmes. Comme si violence et morale étaient de parfaits synonymes. Comme si la recherche littéraire justifiait l’accumulation de descriptions sordides, d’une horreur pornographique, prétendûment conformes à la réalité quotidienne. Le tête-à-tête entre Bernard Werber et Julien Hervieux reflète très bien le fond de ces conférences onanistes : Louis XIV est un « salaud, égoïste, mégalomane », François Ier est réduit au rang de « gros nul » et de « lâche » tandis que Louis XVI, « démocrate », devient le roi le plus « cool » de l’Histoire. Un bilan qui présente les jeux de rôle comme l’entraînement parfait de l’écrivain, avec en tête le célèbre Loup-garou… J’avoue ne pas être convaincue.

J’aurais volontiers acheté La Pitié dangereuse de Stefan Zweig, malheureusement le stand allemand ne vendait pas de livres. Appuyée de ma sainte correctrice, j’ai donc investi dans Souviens-toi des Monstres, de Jean-Luc d’Asciano, aux éditions des Forges de Vulcain. Je compte le lire avant d’envoyer mon manuscrit à cette maison d’édition prometteuse, qui veut abattre les frontières entre les genres et redonner à la littérature le pouvoir de changer le monde. J’ai pu parler quelques secondes avec le fondateur, David Meulemans, qui m’a encouragée à envoyer mon livre, bien que refroidi par le fait qu’il s’agisse d’une série. Sur le stand Indylicious, j’ai rencontré Madjid Lhocine, auteur du Maître des Rêves : notre sujet d’écriture commun nous a permis d’engager très vite la conversation. C’est décidé : pour 160 euros environ, je rejoindrai lors de Livre Paris 2020 cette très belle vitrine autoéditée, où je resterai minimum 4 heures en dédicace ! Sur l’immense stand d’Amazon, je suis arrêtée par Audible, dont les représentants écoutent avec enthousiasme le résumé de mon roman. La fantasy étant très demandée, je leur enverrai le premier tome de La Bibliothèque : après tout, je n’ai rien à perdre. Retenue dans mes déambulations par Le Marchand d’Âmes de Chris Rigell, aux éditions Underground, j’échange quelques mots avec l’éditeur. Lui aussi réfractaire aux séries, il me conseille d’écrire autre chose en guise de premier roman. En 2017, Carole Martinez, auteur chez Gallimard, m’avait elle aussi recommandé d’éviter le mélange des genres… J’en viens à penser que je n’ai rien compris. C’est bien connu : les écrivains choisissent leur maison d’édition avant d’écrire le premier mot du premier de leurs romans. Ils créent leurs histoires uniquement en fonction d’une ligne éditoriale prédéfinie et des tendances du marché : c’est ce qui fait toute la richesse de la littérature, sa merveilleuse inventivité, son renouvellement au fil des générations. C’est à se demander pourquoi un éditeur a eu la bêtise de publier Harry Potter

Vous l’aurez compris, Livre Paris 2019 fut un salon en demi-teinte. Espoirs et déceptions, surprises et rencontres, ce week-end frénétique fut suivi d’une rencontre très enrichissante au Club de lectures des rencontres parisiennes, avec le comédien et auteur Thierry de Carbonnières, dont je vous parlerai la semaine prochaine. Et vous, êtes-vous allé(e) au salon du livre de Paris ? Qu’en avez-vous retenu ?

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