L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr. Hyde, de Robert Louis Stevenson

Une nuit, un homme désagréable heurte par mégarde une fillette qu’il piétine avant de s’en aller. Rattrapé par les parents de l’enfant qui hurle, il se voit contraint de leur donner un chèque pour les apaiser et finit par retourner chez lui, dans une maison délabrée à Soho. Cette anecdote insolite, échangée entre deux personnages pour le moins ennuyeux, au moment où ils passent devant ladite maison, marque le commencement de L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr. Hyde. Haletant, déroutant, terrifiant, fascinant, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier ce roman dont on peine à croire qu’il ait été écrit par le même auteur que L’île au trésor.

C’est à travers les yeux de Mr. Utterson, notaire tout ce qu’il y a de plus banal, que l’on entre peu à peu dans l’histoire du docteur Jekyll et de Mr. Hyde. Quel lien peut-il exister entre le respectable médecin et le détestable inconnu ? L’un est grand et généreux, l’autre petit et mesquin. Le notaire, les serviteurs et les amis de Jekyll ne poussent pas la curiosité au-delà des bornes de la bienséance, se refusant à mener une enquête aussi étrange. C’est ce qui fait tout le paradoxe du récit, saturé de personnages bien-pensants : d’énigmes en indices, il faudra en passer par le meurtre et attendre le dernier chapitre pour que le mystère soit dévoilé.

Incarnation de la double personnalité manichéenne qui hanterait chaque être humain, dénonciation subliminale de l’hypocrisie victorienne, allégorie de la descente aux enfers d’un toxicomane, L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr. Hyde peut être interprété de bien des manières. On ignore jusqu’au bout en quoi consiste le vice qui causera la perte de Jekyll : lui-même admet comme unique particularité dans son caractère « une vive propension à la joie », difficilement conciliable avec le sérieux des études qui l’attirent et l’idéal qu’il s’impose. Le narrateur n’interprète pas ces paroles, livrées en l’état au lecteur : libre à chacun de voir dans le texte de Stevenson une condamnation, une mise en garde ou un questionnement.

Et vous, avez-vous lu L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr. Hyde ? Quelle est votre interprétation de cette histoire dénuée de morale ? J’ai beaucoup aimé le dernier chapitre, écrit par un Jekyll chaotique qui ne sait plus s’il faut dire « je » ou « il » : ce livre invite à l’introspection et au respect de l’antique maxime du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même. » Ce texte n’est pas sans rappeler Le Diable dans la bouteille, qui ne va cependant pas aussi loin dans l’introspection. Si vous souhaitez découvrir l’œuvre dans le texte, elle est disponible gratuitement sur Wikisource 🙂

 

Cette gravure de 1886 montre l’instant crucial où le Docteur Jekyll révèle pour la première fois son secret.

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