Les contes d’Eva Luna, d’Isabel Allende

Comme Les mille et une nuits, Les contes d’Eva Luna commence dans une chambre, entre deux amants : Eva Luna, nouvelle Ève et fille de la nuit, narre à son amant Rolf Carlé des histoires qu’elle n’a jamais contées à quiconque. Relevant de la nouvelle plutôt que du conte par leur réalisme constant, évoquant tour à tour l’amour, la haine, le mystère et l’indifférence, les récits se succèdent et ne se ressemblent pas ; les personnages sont trop nombreux pour s’y identifier durablement. Je ne me suis pas incarnée dans ce livre comme je peux le faire dans des romans : je suis restée en surface, marquant des pauses entre chaque nouvelle pour mieux les savourer.

Si l’atmosphère de la majorité des récits rappelle fortement Cent ans de solitude, j’ai apprécié leur variété : j’ai ainsi visité tour à tour la Terre de Feu, l’Amérique Centrale, le palais d’un dictateur et les forêts amérindiennes. J’ai vécu plusieurs fragments d’existence en un temps record, devenant magicienne des mots, fillette amoureuse, religieuse, amante, femme battue, simple d’esprit, prostituée et mère. J’ai été homme aussi, homme amoureux, indifférent, trompeur, déçu ou blessé. Tous les Contes d’Eva Luna m’ont emportée à leur manière, tant chacune des vies que j’ai partagées était unique, particulière et digne d’être contée.

Que reste-t-il, à présent que ma lecture est achevée ? Si certaines impressions disparaissent vite, trop fugaces ou classiques pour rester longtemps gravées dans ma mémoire, d’autres demeurent, cristallisées par l’ultime nouvelle où la réalité rejoint la fiction. ‘D’argile nous sommes faits’ évoque à la fois la Genèse, en résonance avec la narratrice dont le nom ne doit rien au hasard, et la force fragile de l’être humain, dont la résistance face à l’adversité n’est bien souvent qu’une façade masquant la tendresse d’un cœur abîmé par la vie. Les contes d’Eva Luna rappelle à mes yeux l’importance essentielle de la fiction dans l’existence humaine, sa séduction, ses dangers et son pouvoir pour qui sait la manier. L’ultime nouvelle présente les histoires à la fois comme l’origine et la fin (dans tous les sens du terme) de l’humanité.

Choisir mes récits favoris parmi Les contes d’Eva Luna n’est pas facile. Néanmoins, je citerai ‘Walimai’ si je ne devais en retenir qu’un, car il concentre en lui la puissance de toutes les autres histoires et me rappelle ma propre expérience parmi les Ingalais dans Vivre. Celui que j’ai le moins apprécié est probablement ‘Clarisa’ : je ne me suis pas retrouvée dans ce personnage trop parfait et dans cette fable qui manque trop d’enjeux à mon goût. Et vous, laquelle de ces nouvelles aimeriez-vous voir en rêve et pourquoi ? »

Émilie – Apprentie Bibliothécaire

 

Illustration des Contes d'Eva Luna

« J’aime beaucoup cette illustration des Contes d’Eva Luna, où l’on peut retrouver à la fois la narratrice et plusieurs personnages des nouvelles. »

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