Le Rossignol et l’Empereur, de Hans Christian Andersen

Chacun sait que la Chine regorge de merveilles. Mais quel est, de tous ses trésors, le plus beau que possède l’Empereur ? Telle est la question qui ouvre Le Rossignol et l’Empereur, et nous connaissons tous la réponse. C’est bien sûr le rossignol qui détient la palme de l’être le plus extraordinaire du palais, mais il vit très loin dans les bois, et le souverain ne l’a jamais rencontré, lui qui reste éternellement assis sur son trône d’or. Lorsqu’un rossignol mécanique prend la place de l’oiseau chanteur qui vient d’arriver à la cour, la relation entre les deux protagonistes se trouve mise à rude épreuve… Conte éminemment poétique sur la beauté et l’amitié, j’ai toujours adoré ce récit d’Andersen qui dresse de nombreux contrastes et fut maintes fois imité, mais rarement égalé.

Le Rossignol et l’Empereur dépeint deux personnages que tout oppose. L’oiseau de piètre apparence, qui vit dans les forêts et cache en lui la plus pure poésie, est aux antipodes de l’empereur de Chine, qui arbore les plus incroyables richesses et ne quitte jamais son palais. Liberté difficile contre prison dorée, vérité intime et profonde versus mensonges et artifices de la vie de cour, nature et mécanique, ce sont deux mondes qui dialoguent et se rencontrent à travers le rossignol et l’empereur. Cependant, tel Midas, le monarque transforme tout ce qu’il touche en or, et la fragile harmonie qui commençait à s’établir est bientôt rompue par une créature diamantine dont le faste fait oublier le ramage du rossignol au médiocre plumage.

Le Rossignol et l’Empereur pourrait tenir dans une morale assez banale : méfiez-vous des trésors superficiels et apprenez à apprécier la beauté de la nature, qu’aucun automatisme ne saurait remplacer. Le bon sens populaire triomphe des affectations de cour et l’amitié sincère l’emporte sur le plaisir immédiat des sens. Toutefois, l’humour et l’effroi qui s’ajoutent à la poésie du conte lui donnent une autre portée. Ce récit est aussi celui d’une lutte entre la vie et la mort, l’éphémère et l’éternel, l’illusion poétique et la réalité. Le sage rossignol sait que les deux mondes ne sauraient se confondre : ils peuvent seulement s’entremêler à de certains moments, pour rendre le quotidien plus beau.

Et vous, avez-vous lu Le Rossignol et l’Empereur ? Qu’en avez-vous pensé ? Ce conte fait partie de ceux qui m’ont le plus marquée, tant il mêle des énoncés simples à des vérités plus profondes. Il me rappelle à maints égards Le vase d’or d’Hoffmann, où l’on retrouve des oppositions similaires, quoiqu’avec une résolution différente. N’hésitez pas à découvrir ce chef d’œuvre d’Andersen sur Wikisource, où il est disponible gratuitement !

 

Ce dessin d’Elisabeth Alba rend très bien l’ambiance de ce conte, entre faste et poésie, richesse apparente et beauté intérieure.

2 Commentaires

  1. Karim
    24 Sep 2020

    J’ai lu tous les contes d’Andersen lorsque j’étais enfant, ils étaient merveilleux et en même temps dérangeants. J’en garde une amertume qui fait que je n’ai plus eu envie de les relire! Peut être que je réessaierai un jour, vu que j’ai acheté une dernière édition…

    • Pauline Deysson
      26 Sep 2020

      Je vous rejoins complètement, les contes d’Andersen sont presque toujours teintés de mélancolie, quand ils ne virent pas dans le tragique. Ils ont ce quelque chose en plus que n’ont pas les contes populaires, plus classiques ! Je les découvre dans leur intégralité et certains sont de belles surprises.

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