Le Monde de Sophie, de Jostein Gaarder

Après avoir dévoré Le Mystère de la Patience, j’avais hâte de me plonger dans l’histoire de la philosophie à travers Le Monde de Sophie. Sans m’attendre à un récit palpitant, j’espérais que cette correspondance entre une jeune fille et un philosophe autour de questions telles que « D’où vient le monde ? » ou « Crois-tu au destin ? » serait un échange passionnant. Dès les premières lignes, j’ai malheureusement été frappée par la piètre écriture de ce roman et la pauvreté des protagonistes. J’ai plusieurs fois failli abandonner ma lecture tant je l’ai trouvée fastidieuse ; seule la curiosité philosophique m’a permis de tenir jusqu’au bout de cette vaste mise en abyme ratée.

Le Monde de Sophie tourne autour de deux personnages : Sophie, quatorze ans, et son professeur de philosophie que l’on suppose âgé d’une cinquantaine d’années, Alberto Knox. Si Sophie réfléchit vaguement lorsqu’elle reçoit les premières lettres d’Alberto, elle se réduit rapidement à un amas de répliques fades et répétitives. Lorsqu’elle n’écoute pas béatement son enseignant, elle multiplie les crises d’adolescence artificielles avec sa mère et pleurniche comme une enfant de primaire. Alberto quant à lui enseigne la philosophie. On ignore pourquoi il s’y intéresse ou ce qui le pousse à écrire à Sophie : il n’est là que pour raconter l’histoire de la philosophie. Je ne m’attarderai pas sur les autres figures du roman, qui oscillent entre la copie conforme et la coquille vide.

À cette vacuité s’ajoute un style terriblement lourd, peut-être dû en partie à la traduction. Le Monde de Sophie multiplie les répétitions et les comparaisons inutiles. Le lapin blanc et le chapeau haut de forme de l’univers nous poursuivent tout au long de l’histoire, sans parler des moules à gâteaux et des personnages Disney. De simples, les concepts expliqués par Jostein Gaarder basculent dans la confusion à force d’être expliqués, alors que l’on passe d’un philosophe à l’autre à toute allure, sans réelle logique. La deuxième moitié du livre atteint les summums du ridicule et se traîne à force d’effets de miroir absurdes jusqu’à une fin pénible. Jostein Gaarder souhaitait à travers ce roman nous faire partager son amour pour la philosophie : si certains (rares et courts) passages m’ont plu, je trouve dommage de gâcher leur portée par des protagonistes aussi potiches.

Le Monde de Sophie aurait selon moi été plus réussi si l’auteur avait adopté le même parti que Luc Ferry dans son génial Apprendre à vivre : s’adresser directement au lecteur qui, ne l’oublions pas, est un être pensant. Un essai structuré autour des grandes périodes de l’Histoire aurait eu plus d’impact qu’une narration brouillonne, invitant à la fuite plutôt qu’à l’introspection… Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous apprécié ce roman que beaucoup considèrent comme un chef d’œuvre ? 🙂

 

Ce dessin de Geluck résume à lui seul tout le roman de Jostein Gaarder, avec davantage d’humour.

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