Le Monde de Narnia, de C.S. Lewis

Un bois enchanté où les flaques d’eau sont autant de portes vers des univers parallèles, un lion divin, une armoire magique et un monde qu’il faut sans cesse sauver… Tels sont les souvenirs que je conserve du Monde de Narnia. Saga de sept tomes aux accents christiques, je l’ai découverte il y a fort longtemps et j’en ai toujours gardé une impression mitigée. Aventure, magie, animaux doués de parole, sorcières, prophéties en tout genre, voilà qui était pour me plaire ; cependant, les intrigues répétitives, les personnages relativement interchangeables et surtout la lourde allégorie religieuse qui finit par envahir l’histoire sont venus à bout de mon intérêt.

Le Monde de Narnia se compose d’un certain nombre de protagonistes, remplacés par des plus jeunes au fur et à mesure qu’ils grandissent. Leurs caractéristiques les rendent interchangeables : ainsi Peter le courageux ressemble au prince Caspian, Susan est l’image de la belle princesse, Edmund et Eustache partagent une rédemption très similaire, Lucy et Jill entretiennent toutes deux une certaines complicité avec Aslan. Leurs aventures se suivent sans se ressembler, mais sans enjeu véritable : j’ai pris plaisir à assister à la naissance de Narnia et à sauver ce royaume des griffes de la sorcière blanche, mais j’ai ensuite constaté que les péripéties semblaient s’enchaîner pour meubler le temps plus qu’autre chose. Les Narniens sont incapables de se débrouiller sans l’aide de deux ou trois enfants de douze ans qui reviennent tous les cent ans environ pour les sauver d’un nouveau danger.

Si j’ai trouvé maladroite la véhémence avec laquelle Philipp Pullman critique la religion dans À la Croisée des Mondes, l’insistance avec laquelle C.S. Lewis compare Aslan à Dieu et Narnia à une sorte de paradis intermédiaire m’a tout autant dérangée. J’ai particulièrement détesté le dernier tome du Monde de Narnia, où faute d’idées et de nouveaux héros Narnia sombre finalement dans l’apocalypse dont les enfants humains le sauvent depuis six volumes, pour s’ouvrir sur un Paradis dont est soigneusement exclue Susan, la coquette qui a cessé de croire. Cette bonne vieille morale est entourée de moults clichés à la fois religieux et littéraires : l’innocence des enfants qui se perd avec l’âge, le dénigrement du monde réel au profit d’un imaginaire divin, le peuple ennemi présenté comme arabisant avec une peau sombre (même s’il comporte quelques individus dignes d’être sauvés, pour la forme).

Je ne me suis pas retrouvée dans cette histoire où mourir est présenté comme préférable à grandir. La sorcière blanche ressemble trop à la Reine des Neiges, le folklore mythologique est réutilisé sans aucune nouveauté et Le Monde de Narnia aurait pu compter trois tomes de plus ou de moins sans que cela change rien. Pour autant, la série de C.S. Lewis comporte quelques bonnes idées, comme la métamorphose d’Eustache en dragon ou le Bois d’Entre-les-mondes, mais elles ne sont que très peu exploitées. Même Le Cheval et son écuyer, qui aurait pu apporter un peu de fraîcheur, s’avère somme toute un récit d’aventures assez fade et prévisible. C’est un livre où l’on s’incarne avec plaisir, et que l’on oublie aussitôt ; une série d’aventures qui aurait sans nul doute agréablement distrait les habitants d’Avalon de Grandir. Et vous, aimeriez-vous le vivre en rêve ? »

Émilie – Apprentie Bibliothécaire

 

Illustration d'Aslan

« Le Lion Aslan aurait pu être une figure intéressante s’il n’avait pas été aussi christique. J’aime particulièrement la scène où il aide Eustache à se débarrasser de sa peau de dragon. »

Illustration du faune Tumnus et de Lucy

« Je garde un souvenir très vif de la rencontre entre Lucy et Tumnus, imprévue, magique, et qui m’avait immédiatement happée dans le deuxième tome du Monde de Narnia. »

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