Corrections et confinement

Après trois longs mois de lecture, de jeux et de films, je l’ai senti. Je me suis faite caractérielle, impatiente, frustrée, je n’arrivais plus à dormir et pire, je faisais des rêves ennuyeux. Rendu insomniaque par mon agitation, Batman m’a proposé une consultation gratuite. Vers minuit, en plein confinement, le bilan psychologique est tombé : il était temps pour moi de retourner dans La Bibliothèque et de corriger Aimer. Tâche difficile, que je voulais retarder afin de récolter l’ensemble des avis de mes bêta-lecteurs, et qui a patienté le temps d’un petit projet d’écriture annexe dont je vous parlerai plus tard. À présent, je n’attends plus !

J’entame les corrections du tome 3 de La Bibliothèque au bout de trois semaines de confinement. Il faut dire que c’est une période particulièrement propice à ce travail : pas de trajets en métro, une concentration accrue, et je suis tellement abrutie par mon intense déconcentration littéraire de ces dernières semaines que j’arrive enfin à percevoir la complexité de mon roman. Abus des comparaisons, transitions abruptes et dialogues intenses ponctuent la première partie d’Aimer. Impossible de s’y atteler le soir, et même le matin je commence à ne plus tenir au bout d’une vingtaine de pages. Ma correctrice en chef estime que l’histoire piétine, la faute à trop de répétitions. Mon illustrateur pense que je devrais mieux marquer les différences entre certains passages, à la manière d’une pause entre deux baignades. Ces suggestions se concrétisent toutes deux de la même manière : je rature.

J’ai bon espoir que les biffures se poursuivent jusqu’à la fin de mes quelques 300 pages et résolvent une bonne partie des problèmes rencontrés par chacun. Peu de réécriture sera nécessaire, même si je n’exclus pas de développer certaines phrases nominales. J’ai en effet tendance à abuser du discours indirect libre, qui permet de mêler sans barrière les pensées d’Émilie aux considérations du narrateur. C’est un moyen de fluidifier la réflexion des personnages, mais cela flatte aussi mon penchant au monologue intérieur philosophique (plus développé que je ne l’aurais cru, même à 6h du matin). Relire Aimer après une longue hébétude est donc la meilleure chose à faire pour l’alléger. J’ai lu quelque part qu’il fallait, pour arriver à une relative objectivité, se relire au moins trois fois, en se mettant tour à tour dans la tête d’un lecteur surdoué, attardé et normal…

L’exercice est toujours aussi intéressant, d’autant qu’entre Grandir et Vivre il a pris plusieurs visages. Dans tous les cas, lire d’autres romans et oublier mon histoire a été une nécessité bénéfique. Rien de tel que se comparer aux autres pour voir ce qui pèche chez soi : c’est une manière infaillible de repérer les bonnes et les mauvaises pratiques. Jane Eyre, La Passe-MiroirLe Jardin secret ou encore Silverwing ont été mes compagnons de route ces derniers mois et Robert Louis Stevenson a très agréablement pimenté le confinement.

Je tire deux grandes observations de mes excursions littéraires. La première, La Bibliothèque ne se lit pas à la légère. J’aime la philosophie, j’aime les personnages qui réfléchissent : amateurs de romans prévisibles ou bourrés d’adrénaline, s’abstenir. Sans être dénués d’action, mes histoires prennent leur temps, et c’est ce qui m’amène à ma deuxième conclusion : je n’abuse pas des cliffhangers. Vous n’aurez pas droit, toutes les deux pages, à un arrêt théâtral au moment où un personnage entre en scène ou change de lieu, comme tant d’auteurs les pratiquent. Chez moi, la pensée entraîne l’action et non l’inverse : dans le monde des rêves, c’est vouloir qui donne le pouvoir de faire… Autant de points à avoir en tête pour apprécier pleinement la lecture de La Bibliothèque !

Et vous, comment vous occupez-vous pendant le confinement ? Quels livres lisez-vous, sur quoi travaillez-vous ? Je vous en dirai davantage dans un prochain article sur le conte que j’ai écrit et traduit en anglais dans le cadre d’un projet très particulier. Travailler sur ce texte fut l’occasion de m’aérer une dernière fois l’esprit avant de replonger dans les méandres d’Aimer ! 😉

 

Un manuscrit lourdement raturé pour une troisième lecture. Travail difficile mais essentiel !

2 Commentaires

  1. Michel BECKER
    8 Avr 2020

    Bravo Pauline !
    Il n’est pas évident de s’autocommenter, ce qui diffère très sensiblement de s’autocritiquer sans que l’un n’exclue l’autre.
    Le texte d’aujourd’hui en dit long sur la symbiose qui opère entre le forgeage d’une plume et l’acquisition d’une méthode sous l’égide de la maturité et de l’expérience qui l’accompagne.
    Chapeau bas !

    • Pauline Deysson
      15 Avr 2020

      Merci pour ces encouragements qui me touchent beaucoup ! Il est en effet ardu de prendre du recul sur son propre travail pour l’envisager avec objectivité. C’est pourtant la clé de la progression ! J’ai été à bonne école… 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

douze + 2 =

Par ici, lecteur !

Cet article vous a plu ? Parlez-en autour de vous !