Écriture, mode d’emploi : Grandir

Beaucoup de personnes voient l’écriture comme une activité quasi mystique, où l’écrivain fait figure de pythie prêtant l’oreille à l’inspiration divine. De nombreux articles sur le net vous démontreront longuement que c’est loin d’être le cas : l’écriture est une activité longue et laborieuse qui demande un travail de fourmi. Mais je préfère la pratique à la théorie ! Pour ne pas répéter ce que d’innombrables sites expliquent déjà, je vous parlerai ici de ma méthode d’écriture personnelle. N’ayant qu’un seul roman achevé à mon actif, mon expérience se base avant tout sur Grandir. Expérience d’autant plus intéressante qu’avec Vivre, en cours d’écriture, je perçois déjà une évolution de ma technique !

J’ai longtemps réfléchi avant de commencer La Bibliothèque. Je venais de me lancer un roman que, faute de plan précis, je n’ai pu achever : j’ouvrais des pistes que je ne savais plus comment résoudre et je n’arrivais pas à faire avancer l’histoire. La Bibliothèque, c’est donc deux ans de réflexion, à la suite desquels je me suis astreinte à écrire le résumé des cinq tomes à venir. S’écoulèrent ensuite deux autres années, pendant lesquelles j’ai écrit façon pythie : j’attendais que les muses me fassent prendre la plume. Résultat : 20 pages achevées en deux ans et demi, 20 petites pages que je corrigeais sans cesse, et qui composaient le début de Grandir (20 pages que j’ai, à terme, intégralement réécrites).

Un beau matin, la technique de la pythie donnant de piètres résultats, j’ai décidé de m’astreindre à écrire une page par jour. Au mieux, cela faisait 365 pages par an ; en m’accordant des vacances, je pouvais même viser le total très honorable de 200 pages par an. Un an et demi après cette décision pragmatique, j’achevai Grandir. J’ai écrit en suivant le déroulé de l’histoire, adaptant et improvisant à partir de mon plan de départ, et m’interdisant toute relecture. J’ai utilisé des cahiers, que j’ai ensuite recopiés à l’ordinateur, ce qui fut l’occasion d’une première série de corrections et d’harmonisations. J’avoue aussi faire partie de ceux qui aiment le contact du papier, et la figure de l’écrivain au stylo. Au fur et à mesure que Grandir avançait, j’ai pris conscience de certaines incohérences : le recopiage a été l’occasion de combler des vides que je n’avais pas anticipés, voire de rajouter des passages entiers non prévus à l’origine. J’ai notamment revu du tout au tout la personnalité de Taméo et d’Émilie, et inséré le Château Chantant et les Tunnels Désolés dans l’univers d’Avalon, où je n’avais initialement décrit que le Paradis Perdu.

Viennent enfin les bêta lectures et les corrections : Grandir m’a demandé 2 ans et demi de corrections, en incluant la réécriture complète des 150 premières pages. Je m’étais concentrée sur les décors fantastiques : il a fallu peaufiner et développer la partie science-fiction, humaniser les personnages que j’avais posés là comme des pions, et supprimer les redondances (j’ai mis beaucoup de temps à admettre qu’utiliser tous les mots du Larousse en un tome n’était pas une bonne idée). Il m’a été très difficile de prendre de la distance et de percevoir mes lourdeurs de style : j’ai dû faire un gros effort d’humilité pour reconnaître que toute la partie science-fiction était à refaire. Je me suis enfin décidée à lire les classiques du genre, et c’est par l’exemple des autres que j’ai fini par voir où mon histoire péchait.

Si j’avais une leçon à tirer de ce premier roman, ce serait donc celle-ci : il faut lire le genre d’histoires que l’on veut écrire. Pour s’assurer de l’originalité de ses idées, et améliorer son style, et parce qu’une histoire se définit toujours par rapport à d’autres textes. Avoir un correcteur patient et impitoyable, qui vous tuera pour mieux vous ressusciter, est également une nécessité, car il est impossible de lutter seul contre son ego. Dans mon cas, ce fut ma mère… Mais si elle a su se montrer sans pitié, c’est précisément parce qu’elle est une grande lectrice, et c’est aussi pour cette raison que je lui ai fait confiance.

Cet article est un peu long, mais il me paraissait difficile de faire court pour vous raconter une histoire qui a duré, en tout, plus de huit ans ! Et vous, comment écrivez-vous ? Quels sont vos conseils, vos méthodes et vos techniques ? Je suis très curieuse de lire vos commentaires ! 🙂

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