Une colère noire, de Ta-Nehisi Coates

Autobiographie ? Essai ? En lisant Une colère noire – Lettre à mon fils de Ta-Nehisi Coates, je ne savais pas à quoi m’attendre. J’espérais une histoire : j’ignorais qu’elle serait aussi terrible, aussi vraie et aussi révolutionnaire que le parcours de cet auteur noir américain issu des « ghettos » de Baltimore. Une colère noire, c’est à la fois la vie et les pensées de Ta-Nehisi Coates. Une jeunesse dépossédée dans des rues qui rappellent nos cités, des enfants que l’on bat par amour, des écoles qui n’apprennent rien, une université à la croisée des cultures noires… Enfance, adolescence, paternité, ce texte est celui de plusieurs possibles, mais d’un seul démon : la peur.

Peur d’être battu chez soi, d’être attaqué dans la rue, peur qu’un enfant blanc vous efface avec son pistolet, et de la peur naît la colère. Colère contre le mensonge du rêve américain et la corruption politico-judiciaire, qui pousse toute une génération d’enfants perdus vers le crime. Une colère noire s’ouvre sur un constat frappant : chaque injustice noire est celle de la perte d’un corps. L’histoire commence avec des esclaves obligés de mettre leur corps au service des Blancs. Elle se poursuit à travers des hommes qui dissimulent leur peur sous un masque de violence, et cette violence justifie qu’on les agresse, que l’on meurtrisse ce « corps si précieux ».

Cette analyse de la peur et de la perte du corps triomphe dans la déconstruction du « Rêve ». Le Rêve de Ta-Nehisi Coates n’est pas seulement le rêve américain de réussite et de richesse. Il englobe les « cabanes dans les arbres » et les « gentils scouts », il a « l’odeur de la menthe et le goût d’un biscuit à la fraise ». Le Rêve, c’est cette sécurité, cette garantie inaliénable de justice que l’Amérique offre à tout enfant blanc, et fait semblant d’accorder à de nombreux enfants noirs. Là est bien le problème : dans le Rêve, les couleurs de peau existent. Et à partir du moment où la couleur de la peau définit une identité, le racisme existe. Plus qu’une dénonciation, Une colère noire remet en question toute une société : celle des États-Unis, mais aussi celle des Rêveurs de tous les pays du monde.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà lu une œuvre de Ta-Nehisi Coates, ou un autre essai engagé ? En quoi cela vous a-t-il marqué(e) ? Une colère noire m’a ouvert les yeux sur le phénomène du Rêve, à la fois si particulier et si universel. Je compte bien l’exploiter dans les prochains tomes de La Bibliothèque ! 🙂

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