Lettres persanes, de Montesquieu

Texte de jeunesse d’un auteur philosophe dont L’Esprit des lois marqua la consécration, Lettres persanes est un roman épistolaire où nous est donnée à lire la correspondance de deux Persans, exilés politiques partis à la découverte de l’Occident. Satire sociale, philosophie politique, dénonciation des absurdités religieuses, le point de vue des étrangers devient la porte ouverte à une liberté de penser que l’on tente en vain de censurer. En 1721, le succès est immédiat : les échanges entre Rica, Usbek et leurs compatriotes fictifs sont bientôt déclinés sur le mode chinois, juif ou encore iroquois. C’est l’occasion pour la société française de l’époque de prendre du recul sur elle-même, à l’heure où la monarchie absolue révèle ses limites et où commence l’ère des Lumières.

Lettres persanes met en scène une multitude de personnages. Les voyageurs sont Rica, jeune homme gai qui ne manque pas de vivacité, et Usbek, plus âgé, porteur d’une maturité mais aussi d’une gravité qui donne un peu de corps au roman. Si Rica ne laisse rien derrière lui, Usbek abandonne en effet son sérail, ses femmes et ses eunuques pour venir en France : tolérant, ouvert d’esprit et brillant dans ses lettres, il ne laisse pas d’être d’une grande sévérité auprès de ses épouses, qu’il enferme jalousement. Quelques-unes de leurs missives nous sont données à lire, égrenées au fil des pages avec d’autres réponses qui donnent l’illusion d’un véritable échange. Cependant, Fatmé, Zélis, Roxane, Rhédi ou encore Ibben manquent de corps : avant d’être des protagonistes, ils sont les destinataires d’une correspondance qui se fait presque à sens unique et dans un relatif désordre chronologique.

Je m’attendais à être conquise par ce récit que je rêvais de lire depuis plusieurs années : j’ai finalement été divertie et surprise, sans être emportée comme je l’escomptais. Lettres persanes relève davantage de la philosophie que du roman. J’ai été agréablement étonnée de voir la correspondance d’Usbek avec les eunuques et les femmes, qui apportait une dimension personnelle bienvenue. Toutefois, cet aspect reste trop réduit pour avoir une véritable importance, aussi a-t-il engendré une certaine frustration, d’autant plus accentuée par la lettre finale. L’aspect philosophique, s’il est très juste et passionnant, ne m’a rien appris de plus que L’Esprit des lois. La satire sociale m’a beaucoup amusée, mais j’espérais la voir porter sur des classes sociales plus variées. Je n’en ai pas moins particulièrement apprécié la modernité de ce roman, notamment en ce qui concerne la religion, le journalisme ou encore les manies de la vie sociale.

Et vous, avez-vous lu les Lettres persanes ? Qu’en avez-vous pensé ? J’en veux presque un peu à mes professeurs de lycée de m’avoir fait lire les lettres les plus piquantes. La partie avec le sérail m’a déçue : Usbek se révèle d’une trop grande contradiction selon ses destinataires. Néanmoins, on peut aussi y voir l’incarnation de l’homme qui, voulant connaître le monde, ne se connaît pas lui-même, et doit encore parcourir un long chemin quand il croit avoir tout vu.

 

Illustration des Lettres persanes

Monnaie, politique, religion, rien n’est épargné dans les Lettres persanes, y compris la mode, que les rapports de Rica nous rendent difficile à concevoir… Cette image en ferait une illustration fidèle.

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