Les Cygnes sauvages, de Hans Christian Andersen

Paru en 1838 et décliné en de nombreuses versions, Les Cygnes sauvages met en scène une princesse et ses onze frères. Métamorphosés en cygnes par leur maléfique belle-mère, les princes ne pourront être sauvés que si leur sœur tisse pour eux des chemises d’orties à mains nues, sans mot dire jusqu’à l’achèvement de sa tâche. Ce sortilège attirera bien des ennuis à la princesse muette, qui si elle parle sauve sa vie mais condamne ses frères à mort. Aventure, poésie, magie, Andersen a immortalisé avec le talent qu’on lui connaît ce conte populaire maintes fois décliné, où les corbeaux prennent parfois la place des cygnes.

On retrouve dans Les Cygnes sauvages l’ensemble des archétypes du conte de fées : de la vertueuse princesse à l’ignoble belle-mère en passant par le prince énamouré, la mystérieuse grand-mère et les langues de vipères courtisanes. Plus que les personnages, ce sont leurs péripéties qui marquent le lecteur. La souffrance de la princesse non reconnue par son père tant sa belle-mère l’a enlaidie, puis son courage alors que, plusieurs années durant, elle se tait, cueille et file les orties sans une plainte, se laissant accuser à tort de sorcellerie. Du roi dont l’aveuglement est cause de tant de malheurs, on ne sait plus rien après qu’il ait renié sa fille.

Quelle morale tirer de cette fable classique ? Andersen nous livre ici un texte plein de poésie, dont les images restent gravées dans l’imaginaire en dépit d’une fin assez prévisible. Les Cygnes sauvages loue la patience, la bonté, le courage et autres vertus canoniques des temps passés. Mais le pays du prince est loin, par-delà les mers et le royaume de la fée Morgane ; le châtiment n’atteint pas la belle-mère restée en arrière, et même l’archevêque jaloux n’est pas puni. La leçon profonde du conte serait de ne pas se fier aux apparences, très souvent trompeuses : ainsi le roi ne reconnaît pas sa fille décoiffée et couverte de poix, et l’archevêque censé incarner l’amour de Dieu est le plus prompt à la condamner. Le peuple seul ne s’y trompe pas, qui observe les cygnes blancs prendre sa défense à l’heure fatidique.

Et vous, avez-vous lu Les Cygnes sauvages ? Qu’en avez-vous pensé ? Si vous souhaitez lire le texte original, il est disponible sur Wikisource. Enfant, je ne cessais de me demander si je serais capable d’imiter le sacrifice de la princesse. Je n’étais pas autant effrayée à l’idée de cueillir les orties qu’à la pensée de devoir me taire des mois et des mois durant… Même si l’écriture eût alors été un astucieux moyen de contourner l’interdit 😉

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