Le Bal des douze princesses, des frères Grimm

Un lointain château, un roi, douze princesses et un défi : deviner ce que font les belles durant la nuit pour tant user leurs souliers que chaque matin il faut les changer. Telle est l’intrigue du Bal des douze princesses, et gare à celui qui prétend éclaircir le mystère ! S’il triomphe, il épousera l’une des princesses ; s’il échoue à répondre passées trois nuits, il aura la tête tranchée. Conte plein de ruse et de magie, j’ai choisi pour mieux l’apprécier de le vivre du point de vue du soldat errant qui finit par relever le défi. Avec lui, je me suis laissée lentement happer par l’ambiance mystérieuse et hypnotisante de cette histoire insolite.

Le héros anonyme du Bal des douze princesses est plutôt inattendu : loin des princes séduisants qui sont nombreux à avoir échoué avant lui et à l’avoir payé de leur vie, il est pauvrement vêtu et marqué par les épreuves de la guerre. Il aurait fini comme les autres s’il n’avait passé la nuit dans une auberge avant de gagner le palais, et rencontré une vieille femme aux conseils avisés. Les princesses sont en comparaison assez interchangeables : seules l’aînée et la benjamine font preuve d’une relative personnalité. Plutôt qu’en tant qu’individus, c’est en tant que groupes que les personnages s’imposent : ainsi les hommes (le roi, le soldat et les princes avant lui) s’efforcent de percer le secret des femmes, et la vieille fait figure de traîtresse.

On retrouve dans Le Bal des douze princesses de nombreux archétypes : le héros d’origine modeste mais rusé, la conseillère aux allures de sorcière, les jeunes princesses qui s’avèrent assez cruelles. Ce conte semble faire l’apologie de la méfiance, d’un relatif égoïsme et d’un pragmatisme certain ; il laisse planer beaucoup de mystère sur les occupations nocturnes des princesses. Il fascine surtout par son atmosphère étrange, et l’on est presque déçu que le héros parvienne à résoudre l’énigme, comme si la réalité masculine mettait un terme à la fantaisie féminine. La liberté nocturne des princesses est bridée par leur père, l’aînée finit mariée à un homme qui se présente comme vieux et peu enclin à l’amour et les danseurs souterrains sont punis pour avoir osé détourner les princesses de leur devoir…

Le Bal des douze princesses, aussi appelé Les Souliers usés à la danse, fait partie de ces récits que l’on n’oublie pas, insolite, presque incomplet. C’est une histoire que j’aimerais beaucoup réécrire, tant il reste de zones d’ombre où l’imagination peut s’engouffrer ; l’image du palais souterrain me rappelle mon voyage au Château Chantant dans Grandir. Si vous souhaitez relire ce conte, il est disponible gratuitement sur Grimm stories ! Et vous, aimeriez-vous vous incarner dans ce rêve ? Quel personnage choisiriez-vous d’être ? »

Émilie – Apprentie Bibliothécaire

Illustration du Bal des douze princesses

« Cette image rend très bien l’ambiance étrange et mystérieuse du Bal des douze princesses, et l’on entre à cet instant en pleine féerie tant tout semble insolite et impossible. »

 

Autre illustration du Bal des douze princesses

« Cette illustration met en exergue la domination de la femme et de la fête : les princes sont invisibles, et l’on a nettement l’impression que le conte oppose ici les deux sexes dans une lutte inhabituelle où la liberté des femmes met en péril la vie des hommes. »

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