La Violence et le Sacré, de René Girard

Cet essai étudie les liens qui unissent toutes les formes de violence à toutes les formes de sacré, dans toutes les sociétés humaines.

Pourquoi, depuis les origines, nomade, sédentaire, antique ou moderne, Homo Sapiens pratique-t-il la violence envers ses semblables ? Que ce soit sous forme de sacrifice, de folie collective ou de violence individuelle, la violence hante chaque type de société. Elle naît de l’inévitable « mimétisme du désir », car toute communauté pousse ses membres à entretenir des désirs semblables. Si l’objet de ces désirs est unique, qu’il s’agisse d’amour ou d’honneurs sociaux, il en découle une rivalité : c’est cette rivalité qui est à l’origine de la violence.

Ce livre demande une certaine concentration pour être compris, mais il m’a plu par sa clarté, et la justesse de son propos, démontrée par d’amples comparaisons qui traversent le temps et l’espace. Du sacrifice humain amérindien aux croisades en passant par les rituels de passation de pouvoir africains, la violence obéit à un même schéma : une personne ou un animal prend sur lui la violence de chacun, et sa mort, symbolique ou réelle, purge la communauté de sa violence. C’est le phénomène du bouc émissaire. Aujourd’hui remplacé par les tribunaux, dont la justice est beaucoup plus efficace car définitive, ces deux schémas sociaux ont pourtant le même but : mettre fin à un cycle infini de violence et de vengeance.

La démonstration de René Girard se conclut par le présent, et une remarque très intéressante : la société contemporaine, où la violence entre individus est plus présente que partout ailleurs, est aussi la seule qui donne naissance à des ethnologues. Mais étudier un objet suppose d’y être extérieur : ainsi, le peuple capable d’étudier un autre peuple n’est plus un peuple. L’homme moderne serait donc arrivé à un stade inconnu, toujours plus éloigné de « l’état de nature » ; stade d’autant plus dangereux qu’il nie la puissance de la violence, alors même qu’elle éclate de toutes parts. Est-ce l’acmé d’un nouveau cycle, ou le début d’une ère nouvelle ? Le débat est ouvert.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous lu ce livre ? Quelle « substantifique moelle » en tirez-vous ? N’hésitez pas à laisser un commentaire 🙂

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