Gargantua, de François Rabelais

Publié vers 1534, Gargantua relate la vie du père de Pantagruel, héros des quatre autres romans qui composent la série écrite par François Rabelais. Vulgaire, grotesque, satirique, merveilleux, didactique, humaniste, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cette œuvre hors-normes, qui n’a rien perdu de son actualité. De sa naissance à son accession au trône du royaume des géants, Rabelais nous conte, dans un style vivant et moderne, la vie de celui qui, dès sa venue au monde, a réclamé « à boire »… Pour, quelques années plus tard, inventer le « torchecul ». Comique, Gargantua l’est certainement ; n’y trouveront de la sagesse que ceux qui sauront en tirer la « substantifique moelle ».

Chaque personnage tient dans le roman un rôle bien précis. Il y a Ponocrates, le professeur parfait, dont les maximes retentissent encore dans les écoles d’aujourd’hui : « un esprit sain dans un corps sain », nous dit-il, approuvé en cela par Grandgousier, père de Gargantua, qui ajoute que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Il y a Frère Jean, dont la valeur au combat n’a d’égal que l’appétit aux repas, et dont le « bâton de croix » a sauvé le clos de Seuillé. N’oublions pas Picrochole, roi mauvais s’il en est, colérique, susceptible et rancunier, dont la soif de conquêtes s’allumera suite à l’altercation entre ses fouaciers et les bergers de Grandgousier.

Critique de l’académisme aussi pédant qu’inutile des sorbonnards, dénonciation de la guerre telle que pratiquée par Charles Quint, apologie d’une éducation humaniste proche des réalités de son temps, Gargantua est un roman insaisissable, aux multiples facettes. Si elle est meilleure que celle de la Sorbonne, l’éducation humaniste de Ponocrates s’avère inférieure à celle de Frère Jean, qui confronte Gargantua à la réalité de la guerre. On peut voir dans l’épisode du torchecul une analyse sérieuse du devenir de la pensée, mais gardons-nous d’oublier de quoi nous parlons… Peut-être est-ce dans l’abbaye de Thélème qu’il faut voir l’aboutissement de la philosophie de Rabelais : « fay ce que vouldras », sois libre, car si ton cœur est bien fait, ta vie sera de même, sans besoin de lois extérieures.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà lu l’un des romans de François Rabelais ? Bien qu’ils datent de la Renaissance, j’ai été surprise par leur modernité et par l’écriture très accessible de cet auteur. Ce maître du rire a sans doute inspiré Andrus Kivirähk lorsqu’il a écrit L’Homme qui savait la langue des serpents : on y retrouve ce même mélange de conte, de satire et de sagesse 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

un × 4 =

Par ici, lecteur !

Cet article vous a plu ? Parlez-en autour de vous !