L’Homme qui savait la langue des serpents, d’Andrus Kivirähk

Pourquoi classer ce roman estonien au titre évocateur dans la catégorie des Aventures réalistes ? Truffé d’animaux qui parlent et de salamandres géantes, ce livre avait une place toute trouvée dans les Mondes imaginaires. Cette ambiguïté est précisément ce qui le rend génial: dans l’univers d’Andrus Kivirähk, la magie est normale. Elle fait partie intégrante de la réalité.

L’Homme qui savait la langue des serpents raconte la vie de Leemet et de son ami Ints la vipère. Il se déroule dans une Estonie médiévale lentement conquise par les chrétiens, et décrit la fin d’un paganisme mythique. C’est l’histoire du choc entre deux cultures, mais c’est surtout une formidable satire de la bêtise humaine qui nous est donnée à lire. Intégristes religieux et traditionalistes, chrétiens ou païens, peu importe leur nom et leur nationalité : ils sont la manifestation d’un même excès, le fanatisme. Les moutons de Panurge entraînés à leur suite ne sont pas moins coupables, être crédules qui écoutent sans esprit critique et exécutent sans réfléchir.

Cette dénonciation jouissive se fait sur un ton léger et plein d’humour. On apprend à parler aux animaux comme on apprend à marcher, et le narrateur est bien plus étonné par les chrétiens qui ne savent pas chasser le lièvre que par les louves qui se laissent traire. Le génie de Kivirähk est de décrire ces coutumes lointaines de telle manière qu’on les transpose sans difficulté dans la modernité. L’hystérie collective autour des chevaliers, dont chaque femme cherche à obtenir un enfant, rappelle terriblement l’attitude des fans avec les stars d’aujourd’hui, sans parler des ados qui s’intéressent aux rites sataniques pour rompre avec l’autorité parentale du père paysan…

Ce bijou de drôlerie n’est pas pour autant dénué d’action et pose des questions importantes sous ses dehors comiques. « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine, » disait Einstein. « Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. » Cette citation en clair-obscur résume bien ce roman parodique, magique… Et pourtant réaliste.

Avez-vous lu ce livre ? Kivirähk est également connu pour un autre titre : Les groseilles de novembre : Chronique de quelques détraquements dans la contrée des kratts. J’ai adoré ces deux romans, mais j’ai préféré L’Homme qui savait la langue des serpents, dont la conclusion est plus ambitieuse. Et vous ? Laissez un commentaire et donnez votre avis 🙂

2 Commentaires

  1. Florence Gindre
    8 Fév 2017

    Je viens de le lire et ce fut une bonne découverte. Je ne m’attendais pas du tout à cela et j’ai été agréablement surprise.

    • Pauline Deysson
      9 Fév 2017

      J’ai aussi fait une découverte en le lisant ! S’il vous a plu, je vous recommande son autre roman, Les groseilles de novembre – Chronique de quelques détraquements dans la contrée des kratts. On retrouve le même ton, avec cet humour teinté de satire, et cette nostalgie. Il est peut-être moins puissant que L’Homme qui savait la langue des serpents, mais j’ai adoré le lire ! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

11 − trois =

Par ici, lecteur !

Cet article vous a plu ? Parlez-en autour de vous !