Phèdre, de Racine

Parue en 1677, je me souviens de Phèdre pour l’avoir étudié en khâgne puis en licence de lettres modernes. Cette pièce de théâtre reprise de la mythologie grecque raconte l’histoire de la sœur d’Ariane et deuxième femme de Thésée. Alors que son époux vainqueur du minotaure est parti aux Enfers sauver l’un de ses amis, Phèdre tombe amoureuse du fils qu’il a eu d’une première union avec la reine des amazones. Tragédie éternelle que celle de l’amour sans retour, auréolé du scandale de l’inceste par alliance : rongée par la honte, dévorée par l’amour, Phèdre revit sous la plume de Racine les événements qui l’ont conduite à sa perte.

Comme dans beaucoup de tragédies du Grand Siècle, la plupart des personnages de Phèdre se semblent se réduire à des archétypes. Il y a Hippolyte, le fils farouche au cœur pur ; Aricie, la princesse héritière d’une lignée ennemie (au cœur tout aussi pur) ; Thésée, le héros absent ; Théramène, le sage précepteur ; Œnone, la confidente, et enfin Phèdre, la reine jalouse et perverse. Mais il faut se garder des apparences… En effet, nulle indication dans la pièce ne permet de préciser l’âge de Phèdre, qui pourrait très bien être une jeune fille et non une femme mûre. De monstrueux, l’amour qu’elle éprouve envers Hippolyte deviendrait d’autant plus naturel que son héros de mari a abandonné sa sœur Ariane sur une île après qu’elle lui ait sauvé la vie.

En regardant le texte de plus près, toutes les analyses concourent à innocenter Phèdre, qui n’est plus un monstre mais la victime innocente de passions qui la dépassent. Tout comme Hippolyte, qui succombe lui aussi aux sentiments excessifs de son père… « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur » : cet alexandrin de douze mots, prononcé par la reine malheureuse, est aussi, sur le plan technique, le vers le plus réussi de la langue française. Plutôt que la condamnation d’un amour malvenu, il faut voir dans Phèdre un avertissement sur le danger des passions, quelles qu’elles soient, car c’est en s’emparant du cœur des hommes qu’elles les conduisent à leur perte et à leur malheur.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Tout l’intérêt de Phèdre est de revêtir un sens différent selon que l’histoire s’inscrit dans le contexte de la Grèce antique, de la France du XVIIème siècle ou du monde d’aujourd’hui. Je pourrais relire sans fin cette pièce écrite dans une langue absolument sublime ! C’est parce que j’apprécie beaucoup les alexandrins que je me plais à en glisser dans mes romans… La quête poétique est d’ailleurs au cœur de Grandir 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

5 × trois =

Par ici, lecteur !

Cet article vous a plu ? Parlez-en autour de vous !