Les roses fauves, de Carole Martinez

Histoire d’amour, grande Histoire, histoire de famille, tranche de vie, Les roses fauves est à bien des égards difficile à qualifier. On y suit Carole Martinez elle-même, alors qu’elle s’exile trois mois dans un petit village breton pour écrire son prochain roman. Elle y rencontre Lola Cam, postière inspirée d’une lectrice bien réelle, dont les aïeules espagnoles avaient pour habitude d’écrire leurs secrets avant de mourir et de les enfermer dans un cœur de tissu qu’elles léguaient à leur fille aînée. C’est le début d’une aventure tour à tour drôle, tragique et poétique où les frontières de la réalité se mêlent aux brumes du passé et aux charmes de l’illusion, pour prendre possession d’un jardin très secret qui pourrait être celui de chacun d’entre nous.

Attachante, tiraillée entre la raison et le désir, la belle boiteuse Dolorès Lola Cam est le fil conducteur où convergent les multiples branches des Roses fauves. Jardinière de talent, méprisée par son père, engoncée dans une organisation maniaque, elle est celle qui fascine la narratrice au premier regard. C’est par les yeux de ce « je » s’annonçant auteur du Cœur cousu qu’est en effet conté le roman : narratrice passionnée, Carole Martinez prête l’oreille aux fantômes et aux secrets des anciens pour tisser la trame du livre qu’elle ne parvient pas à écrire. Autour de ces deux femmes gravite la mémoire déclinante d’un village lentement englouti par la modernité.

Je l’ai dévoré en quelques jours, mais Les roses fauves a laissé derrière lui un parfum doux amer. J’ai apprécié l’écriture poétique et rythmée de celle qui m’avait déjà fait rêver à travers Le cœur cousu et Du domaine des Murmures. J’ai savouré la portée d’un roman qui se veut une ode à la liberté par sa fin ouverte, où passé, avenir, superstitions et tragédies disparaissent pour laisser place à la page éternellement blanche du présent. Cependant, la narratrice auteur m’a gênée dans ma lecture, personnage trop passif et lyrico-contemplatif, dont le regard n’apporte pas grand-chose au récit. Si on peut voir de la force dans son choix final, j’y décèle pour ma part surtout de l’inabouti. Tant de fils tissés, tant de graines semées, tant de couleurs et d’émotions, pour aboutir à une simple page blanche ?

Et vous, avez-vous lu Les roses fauves ? Qu’en avez-vous pensé ? J’aime les univers de Carole Martinez, où réalité et légende s’entremêlent dans des fables aussi prenantes qu’originales, même s’ils me laissent toujours un peu sur ma faim. Je suis en revanche très peu friande d’autobiographies, et la métafiction s’approchait encore trop ici des épanchements de la vie réelle pour me satisfaire. Je n’en remercie pas moins vivement Babelio et les éditions Gallimard pour ce partenariat !

 

Comme les couvertures de la collection blanche sont sans intérêt, voici un détail du bandeau associé au livre, créé par Lindsay Adler. Cette image transcrit très bien l’invasion des roses fauves dans la réalité !

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