Le Roi grenouille ou Henri le Ferré, des frères Grimm

Le Roi grenouille est l’un des contes les plus populaires des frères Grimm et le premier du recueil intégral. Nul n’ignore plus les détails de cette étrange histoire. Alors qu’une princesse belle à en faire pâlir le soleil joue avec sa balle d’or près d’un puits, le précieux jouet tombe dans l’eau : une grenouille hideuse accourt aux lamentations de la malheureuse, et accepte d’aller récupérer l’objet si la jeune fille la ramène avec elle et l’autorise à s’asseoir, souper et dormir à ses côtés… N’en déplaise à la princesse, tout se passera comme prévu, jusqu’au retournement final qui pourtant n’était pas couru d’avance. Du mystère, un soupçon de magie, un serment inviolable, une pincée d’humour, on retrouve ici tout ce qui fait la saveur des contes !

Trois personnages structurent Le Roi grenouille. La princesse n’est pas aussi stéréotypée que le début de la fable le laisse croire : belle, certes, douce et gentille, cela reste à voir. Elle n’a de cesse de rompre sa promesse et son comportement capricieux rappelle à bien des égards celui d’une enfant. La grenouille se montre aussi obstinée qu’elle, avec une impertinence qui fait sourire. Enfin, le roi est un père inflexible, obligeant sa fille à tenir ses promesses, en dépit de ses protestations de dégoût et du ridicule de la situation. Le dénouement, s’il est attendu par certains côtés, s’avère également surprenant à bien des égards.

Quelle est, en effet, la morale du Roi grenouille ? Que penser de cette malédiction qui se brise, non par l’amour et le dévouement, mais par un geste haineux et colérique ? Bien sûr, une leçon facile est celle du serment que l’on se doit de tenir, fût-ce envers une grenouille. Mais si la princesse était restée stoïque, le sortilège aurait-il été levé ? Et que penser du prince qui, après avoir reçu pareil traitement, donne son cœur à celle qui a failli devenir sa meurtrière ? Peut-être faut-il voir ici un symbole du passage à l’âge adulte, qui se fait dans l’affirmation de soi au mépris des autres. La princesse apprend le sacrifice bien malgré elle, mais elle est accompagnée par des protagonistes qui, plus avisés qu’elle, la poussent dans ses retranchements pour son propre bien. Elle réagit autant par égoïsme que par refus d’une certaine forme d’injustice, car au fond la grenouille demandait beaucoup pour un si maigre service, et ce qu’elle exigeait allait contre l’ordre des choses. Au dérèglement qui a provoqué le chaos succède ainsi un nouveau choc, pour rétablir l’harmonie.

Et vous, avez-vous lu Le Roi grenouille ? Qu’avez-vous pensé de ce conte ? Le serviteur du prince qui surgit à la toute fin m’a également laissée perplexe, tant il semble sorti de nulle part, alors qu’il donne un autre titre au conte ! Son excès de souffrance témoigne d’une autre manière de la démesure provoquée par l’enchantement de son maître… On songe aussi à La Princesse grenouille, conte russe où la violence est là encore présente envers l’ambivalent amphibien. Si vous êtes curieux, vous trouverez la version intégrale du Roi grenouille sur le site des contes de Grimm !

 

Cette illustration de Warwick Goble montre la fuite de la princesse qui trahit son serment malgré les cris de la grenouille.

 

PS : Après un échange passionné avec ma correctrice en chef, je vous livre son interprétation du Roi grenouille. Selon elle, le serviteur qui apparaît à la fin du conte est le véritable héros de l’histoire. Le prince n’a rien appris de sa métamorphose et continue à tout ignorer du véritable amour ; la princesse est vaine et n’a pas mûri. Elle s’imagine aussi parfaite que sa balle d’or, quand elle est aussi vide que la fontaine dans laquelle tombe celle-ci au début du conte. À méditer !

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