Le Misanthrope, de Molière

Alceste est le nom de celui qui, si l’on en croit l’étymologie grecque du qualificatif choisi pour lui par son créateur, n’aime pas les autres hommes. Épris de la belle Célimène, il s’évertue à dénoncer auprès de qui voudra l’écouter l’hypocrisie et la fausseté qui animent le genre humain, et mettra les deux bonnes heures que dure la pièce à se rendre compte de la nature véritable de celle qu’il adore. Le Misanthrope est une œuvre à part dans le théâtre de Molière. D’un comique relatif, le texte met en relief des problématiques qu’un rien suffirait à rendre tragiques, et questionne l’un des grands fondamentaux du vivre-ensemble. Un débat soulevé en 1666 qui n’a rien perdu de son actualité…

Dès la première scène, Le Misanthrope s’annonce moins drôle que les autres comédies de Molière. Alceste justifie d’entrée le surnom d’atrabilaire amoureux qui donne son sous-titre à la pièce : il ne parle que pour condamner, et ne voit de chacun que les défauts. C’en est à se demander comment il a pu tomber amoureux de la superficielle et coquette Célimène. À clamer sans cesse ce qu’il estime être la vérité sur chacun, il produit auprès des autres personnages le même effet que sur le public : une irritation croissante. Philinte, l’ami qui tente en vain de ramener Alceste à la raison, Oronte, le rival faiseur de vers, Arsinoé la prude, nul ne trouve grâce à ses yeux, et réciproquement.

Le Misanthrope n’utilise aucun des procédés comiques traditionnels. Pas de comique de répétition ou de situation, pas de quiproquo ni de gags façon Les Fourberies de Scapin. Les confrontations s’enchaînent, et touchent de trop près à un sujet qui nous tient à cœur pour être drôles. Doit-on être honnête en toutes circonstances ? Le mensonge est-il justifié dans certains cas de figure ? Autant de questions soulevées par l’attitude d’Alceste, dont la réponse est loin d’être évidente. Peut-être Molière parle-t-il à travers la bouche de Philinte, l’ami au cœur fidèle, qui sait se taire quand il convient et parler où il le faut… Pour que la vie entre les hommes soit possible, gardons-nous de signaler à chacun toutes ses imperfections : à défaut de mentir, sachons réserver nos paroles pour les cas extrêmes où elles s’avèrent nécessaires.

Et vous, pensez-vous que l’homme parfaitement honnête soit condamné à vivre dans l’exil et la haine d’autrui ? Ou préférez-vous la solution de compromis incarnée par Philinte ? Si, pour moi, Le Misanthrope se rapproche plus du drame que de la comédie, il est intéressant de voir qu’il dénonce le même défaut que Tartuffe : l’hypocrisie.

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