La leçon d’allemand, de Siegfried Lenz

Ce roman paru en 1968 met en scène la très longue introspection (560 pages) de Siggi Jepsen. Envoyé en maison de correction pour avoir volé des œuvres d’art, ce jeune homme rend copie blanche lors d’une dissertation sur « les joies du devoir ». Mis à l’isolement, sa punition consiste à rédiger le texte qu’on attend de lui. Mais Siggi Jepsen en a trop a dire, et mettra trois ans à écrire sa rédaction, qui constitue le texte de La leçon d’allemand. Il remonte le temps jusqu’en 1943, à l’époque où son père, Jens, policier sous le régime nazi, reçoit l’ordre d’interdire à son voisin et ami de peindre. Max Ludwig Nansen est pourtant un artiste reconnu, qui a même sauvé Jens de la noyade de nombreuses années auparavant…

Ce qui s’annonçait comme une confrontation intéressante, riche en débats sur l’art et le sens du devoir, m’a malheureusement laissée aussi glaciale que les paysages de la mer du Nord qui servent de cadre au récit. Ayant lu La leçon d’allemand en langue originale, il m’est difficile de dire si l’écriture de Siegfried Lenz est belle : une chose est sûre, elle ne laisse aucune place aux sentiments des personnages. Le peintre, le père, l’enfant et sa famille, tout passe par les expressions du visage, les objets, d’infimes détails glissés dans le décor, mais jamais aucun protagoniste n’exprime pleinement ce qu’il ressent. Les dialogues mêmes sont minimalistes, intériorisés, retranscrits comme une narration, sans tirets, sans retours à la ligne, et les paragraphes sont à peine marqués.

L’enchaînement des chapitres m’a donné l’impression de lire un recueil de nouvelles. Des actions se produisent, non dénuées de suspens, mais aucune n’a de répercussion directe dans le chapitre suivant. Siggi, le narrateur, n’évoque jamais ses émotions : il raconte ce qui lui arrive de manière très froide, comme une description, y compris lorsque son père le bat. Cette retenue donne à penser qu’il a vécu un traumatisme, mais les scènes entre Jens et Max m’ont paru assez plates, dénuées de violence et de conséquences dans le temps, puisque la destruction de ses œuvres ne touche pas le peintre autant que leur vol final par Siggi. La leçon d’allemand analyse certes des notions passionnantes telles que le sens du devoir ou le but de l’art, mais j’aurais préféré un essai sur le sujet, plutôt que des réflexions éparpillés incarnées par des corps dénués d’âme.

Et vous, avez-vous lu La leçon d’allemand, ou un autre roman de Siegried Lenz ? Qu’avez-vous pensé de cet auteur, réputé comme l’un des plus grands écrivains allemands du XXème siècle ? Si j’ai adoré Stefan Zweig, vous aurez deviné que je ne compte pas lire d’autres livres de Lenz, tant celui-ci m’a paru long et décevant.

PS : deux semaines après avoir publié cet article, ma correctrice en chef a lu La leçon d’allemand en français. Elle voit dans cette écriture psychorigide la traduction littérale du devoir dans lequel s’inscrit le narrateur. Écrivant sur « les joies du devoir », sa rédaction est volontairement froide, appliquant dans le style même le thème exigé par le professeur, et ce jusque dans la manière d’être des personnages. Ce point de vue apporte un éclairage nouveau au roman de Lenz ; heureusement, ma correctrice préférée était d’accord avec moi sur le côté étouffant de ce livre, qu’elle n’a pu achever. Ce qui me rassure doublement, sur mes compétences en allemand et sur mes goûts littéraires. 😀

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