Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil, de Jean de Léry

Publié en 1578, j’ai lu le récit de voyage de ce Français protestant que fut Jean de Léry dans le cadre de mes études : je n’aurais jamais découvert autrement ce texte écrit en moyen-français, relatant l’expérience de ce missionnaire parmi les indiens Tupinambas. Traité naturaliste, carnet d’ethnologie, réflexion sociologique, aventure à la Robinson Crusoé sur fond de guerres de religion, ma lecture m’a portée de surprise en surprise. J’avais peine à croire à la fin de ce récit qu’il soit paru en pleine Renaissance, mais j’ai très bien compris les raisons de son succès et de sa quadruple réédition.

Jean de Léry n’a pas pensé son œuvre comme un roman ou un texte littéraire. C’est le récit autobiographique de son expérience en Amérique du Sud : un voyage épique pour l’époque (comptez trois mois de traversée entre les deux continents, sous réserve d’échapper aux tempêtes et aux attaques de pirates). Son écriture d’une grande fraîcheur se fait le relais d’un étonnement permanent, qui va de la faune à la flore en passant par les Amérindiens, et ressuscite pour le plus grand plaisir du lecteur le Brésil tel qu’il était au XVIème siècle. Chauves-souris vampires, sirènes, cannibalisme, découvrez l’Amérique du Sud comme vous ne la verrez jamais plus !

Témoignage historique d’une valeur inestimable, L’histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil se double d’une richesse ethnologique aussi inattendue qu’appréciable. Jean de Léry s’avère en effet capable de passer outre son éducation pour porter sur les indiens Tupinambas un regard sans préjugés. À leur nudité il oppose l’accoutrement excessif et ridicule de certains de ses contemporains. Leurs pratiques cannibales elles-mêmes se trouvent relativisées par les horreurs commises en Europe, des empalements de masse au sein de l’empire ottoman aux tortures diverses et variées de la Saint-Barthélémy en France. Autant de sociétés, autant de modèles, autant d’erreurs, et personne ne peut en toute bonne foi se prétendre au-dessus des autres. En cela, Jean de Léry est bel et bien révolutionnaire !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà lu ce texte cité par Claude Lévi-Strauss dans Tristes Tropiques ? J’ai adoré lire le témoignage de Jean de Léry, où les anecdotes amusantes de la petite histoire côtoient les tragédies de la grande Histoire. Sa démarche comparative entre l’Europe et l’Amérique m’a beaucoup inspirée dans l’écriture de Vivre ! 🙂

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