Et passe le souffle des dieux, de Philippe Séguy

Folle chanson de geste, roman foisonnant, épopée prodigieuse : tels sont les termes choisis en quatrième de couverture pour décrire Et passe le souffle des dieux. On y suit Odon de Rhys, troisième fils d’une famille de petite noblesse, alors qu’il entre au service de Guillaume le Conquérant en 1065, un an avant que celui-ci se décide à envahir l’Angleterre. Avec son ambiance médiévale, entre les mystères des druides, les serments des vassaux et les ambitions des princes, le récit de Philippe Séguy avait tout pour me plaire. Malheureusement sa belle plume et la précision de ses références historiques ne m’ont pas fait voyager comme je l’espérais.

Et passe le souffle des dieux est suivi d’un sous-titre : Ainsi était l’an mil. Ce sous-titre convient pour moi beaucoup mieux à ce pavé de près de 600 pages. En effet, plutôt que d’y suivre le personnage promis, on découvre une multitude de protagonistes, dont le narrateur omniscient esquisse tour à tour les pensées. Très vite, les effets de style l’emportent sur l’aventure : le texte rend une atmosphère plutôt qu’il ne raconte une histoire. Les émotions de chacun se réduisent à une avalanche de phrases nominales et de sous-entendus, ce qui donne une perpétuelle impression d’inabouti. Les dialogues monosyllabiques accroissent la distance entre les héros et le lecteur au lieu de l’amoindrir. Odon, ses frères, ses amis, ses ennemis, ils s’expriment et pensent tous de la même manière, sans rien achever de ce qu’ils ont entrepris.

Cette absence de centre est le principal problème d’Et passe le souffle des dieux. Si l’on fait abstraction de l’intrigue très secondaire autour de la tapisserie de Bayeux, on ne comprend pas pourquoi le texte débute et pour quelle raison il s’achève. Étalé sur quatre ans, il donne lieu à des péripéties sans suite et décorrélées, sans dire grand-chose de la longue suite de guerres et de trahisons que fut la vie de Guillaume le Conquérant. Tout s’étouffe et s’uniformise dans une surabondance hachée de vocabulaire d’époque et de syntaxe désuète. Sentiments, descriptions et batailles produisent le même impact embryonnaire, faisant de ce roman un livre tapisserie où tout se passe de loin. Faute de m’avoir passionnée, Philippe Séguy a eu le mérite de m’intriguer : j’ai passé plusieurs heures à lire la biographie de Guillaume le Conquérant et de ses fils, à chercher le personnage qui avait inspiré le père d’Odon et à admirer la tapisserie de Bayeux.

Et vous, avez-vous lu Et passe le souffle des dieux ? Même s’il ne m’a pas autant plu que je l’escomptais, je remercie les éditions Plon et Babelio de m’avoir permis de découvrir ce texte. Je connaissais très mal cette période historique et j’ai désormais envie de lire d’autres récits sur cette époque. Je suis surtout déterminée à visiter Bayeux pour contempler son incroyable chef d’œuvre de 68 mètres de long !

 

Sur ce fragment de la tapisserie, on voit l’évêque Odon de Bayeux pendant la bataille de Hastings. Obligé de participer en tant que vassal et frère du duc, sa condition ecclésiastique lui interdisait de verser le sang : il combattait donc avec un bâton.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

5 + cinq =

Par ici, lecteur !

Cet article vous a plu ? Parlez-en autour de vous !