Les mots perdus, de Catulle Mendès

Ce conte de 1888 fait partie de ceux qui se lisent une fois, et se retiennent longtemps. L’intrigue est simple : une fée, courroucée pour une raison que l’histoire ne dit pas, décide de punir le pays qui l’a offensée en rayant de la mémoire de ses habitants les mots « Je vous aime ». Privés de cette phrase toute simple, cette province finit bientôt par dépérir. L’amour existe toujours mais ne peut plus se dire, et toutes les romances périclitent… Jusqu’à ce que la fée se retrouve prise à son propre piège. On retrouve dans Les mots perdus le style élégant du XIXème siècle : des phrases longues, bien construites, efficaces, poétiques et non dénuées de satire dans l’exagération des caractères. Ainsi du rire de la fée « qui...

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Orgueil et Préjugés, de Jane Austen

Que dire de cette histoire d’amour connue entre toutes sans répéter ce que d’autres ont déjà écrit ? Une question me semble les résumer toutes. Pourquoi une telle œuvre a-t-elle rencontré pareil succès ? Orgueil et Préjugés réunit de nombreux éléments éculés que les romances actuelles ont usé jusqu’à la corde : un homme riche et arrogant rencontre une femme pauvre mais fièrement indépendante dont la beauté et l’intelligence finissent par le conquérir. Où se situe l’originalité de ce roman ? Il y a plusieurs réponses à cette interrogation. La première me semble contenue dans le genre romanesque lui-même : le roman tel que nous le connaissons, avec son réalisme et ses développements psychologiques, n’est né qu’au XVIIIème...

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L’élégance du hérisson, de Muriel Barbery

Le deuxième roman de Muriel Barbery est une pure merveille. Le style, à la fois très élégant et d’une ironie mordante, vous emporte immédiatement dans une histoire atypique. Un milieu bourgeois, suffisant et superficiel, où trois intelligences se rencontrent : Paloma, 12 ans et surdouée, Renée, 54 ans et concierge, Kakuro Ozu, japonais et fin observateur. Ce récit à double point de vue interne se dévore en quelques heures. L’élégance du hérisson pose d’emblée les questions importantes : Paloma a décidé que le monde n’était qu’un absurde « bocal à poissons », et qu’elle se suiciderait à la fin de l’année, parce que la vie ne valait pas d’être vécue au milieu de tant d’hypocrisie et de ridicule. Renée dissimule...

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