Marcher jusqu’au soir, de Lydie Salvayre

Un auteur reconnu est invité à passer une nuit au musée Picasso, à l’occasion d’une exposition plaçant face aux œuvres du maître espagnol celles du sculpteur et peintre suisse Alberto Giacometti. Est notamment présent le monumental Homme qui marche, cet être frêle sur le point de s’écrouler, qui semble porter tous les malheurs du monde sur ses épaules voûtées et avance cependant, inébranlable, vers on ne sait quoi, le présent, l’avenir, la vie même. L’auteur en question, depuis longtemps passionné par Giacometti, est Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014 ;  l’essai qui en résulte, Marcher jusqu’au soir, retranscrit les expériences de cette nuit au musée.

La rencontre attendue n’a malheureusement pas lieu. L’Homme qui marche admiré tant de fois sur papier laisse Lydie Salvayre profondément indifférente. Ce constat provoque en elle un torrent de réflexions. Pourquoi n’éprouve-t-elle rien ? Ses émotions vis-à-vis de l’art en général et de cette sculpture en particulier sont-elles la carrosserie d’une coquille vide, des sentiments appris par cœur, ânonnés sans être véritablement éprouvés ? Ces musées qui exposent sculptures et peintures hors de tout contexte, qui les coupent de leurs racines contestataires, qui vendent leurs espaces au plus offrant pour exposer des choses dénuées de sens osant se faire appeler œuvres, ces musées ne sont-ils pas les premiers responsables du vide exploré dans Marcher jusqu’au soir ?

Ces remarques promettaient une pensée intéressante. Au lieu de quoi, elles débouchent sur les souvenirs d’enfance de Lydie Salvayre, suivis d’une biographie de Giacometti et de remarques peu originales sur la mort. Pour moi non plus l’échange espéré n’a pas eu lieu, peut-être à cause des phrases inutilement lourdes qui composent Marcher jusqu’au soir. Un style à tendance verbeuse qui, au lieu d’explorer une idée, la répète de mille et une manières jusqu’à ce qu’elle ne veuille plus rien dire. Lydie Salvayre a la condamnation facile et la création laborieuse. Diabolisant la relation entre l’art et la finance, elle oublie sans doute que par le passé, loin d’être libre, l’art fut soumis à la religion, à la politique et à ses propres normes de beauté et d’harmonie. Sa critique des musées tourne en rond et son introspection n’aboutit à rien qui n’aie déjà été dit : la peur de l’échec, de la finitude et de la mort, les traumatismes d’enfance, l’impossible transcendance de l’art. Marcher jusqu’au soir relève davantage de l’autobiographie que de l’essai, et met en scène une quête de soi dont la conclusion béatifiante n’a pas su me convaincre.

Et vous, avez-vous lu Marcher jusqu’au soir ? Qu’en avez-vous pensé ? Il s’inscrit dans une ligne éditoriale qui peut être intéressante, selon l’individu choisi pour passer une nuit au musée : je reste curieuse de lire un autre auteur ayant fait la même expérience, mais j’hésite à aller voir de plus près les autres écrits de Lydie Salvayre.

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