Le Bourgeois gentilhomme, de Molière

Joué pour la première fois en 1670, Le Bourgeois gentilhomme est une comédie dans la plus pure tradition moliéresque. Le bon sens des épouses, des amants et des domestiques a ici maille à partir avec la fatuité d’un père, l’hypocrisie d’un noble et la bassesse de tous ceux qui aiment l’argent, vice commun à tant de classes sociales et d’époques. Monsieur Jourdain, bourgeois de son état, décide de prendre des cours de danse, de musique, d’escrime et de philosophie, sciences qu’il estime indispensable de maîtriser pour égaler les aristocrates auxquels il voue une admiration sans borne. Cet argument est le prétexte d’une satire sociale haute en couleurs, d’une aussi brûlante et intemporelle actualité que Tartuffe.

Les personnages figurent des types moliéresques bien connus. On retrouve Cléonte et Lucile, le couple amoureux, et leurs serviteurs respectifs, Covielle le valet rusé et Nicole au bon sens tout paysan. À l’opposé se dressent le comte Dorante, manipulateur dénué de scrupules, et Dorimène, fade marquise au cœur léger. Le Maître de musique et le Maître d’armes sont heureux de profiter de l’argent de leur piètre élève, tandis que le Maître de danse regrette quelque peu le manque d’intelligence de celui qui le paie. Au centre du Bourgeois gentilhomme se tient Monsieur Jourdain, persuadé de la supériorité de la noblesse sur le reste du monde, désireux d’égaler des hommes dont il ne perçoit pas la fausseté en dépit des remontrances de sa femme.

Traditionnelle à bien des égards, Madame Jourdain est cependant une épouse désolée, dont la situation non dénuée de tragique n’est pas sans ambivalence. Cléonte, d’abord naïf et honnête, n’hésite pas à mentir pour obtenir la main de Lucile. Monsieur Jourdain lui-même se montre tour à tour aimable et cruel selon l’interlocuteur auquel il s’adresse. Le double visage de ces personnages fait toute la finesse de la pièce de Molière. Le Bourgeois gentilhomme dénonce aussi bien la noblesse que la bourgeoisie : il montre que si leur habit les sépare, leurs défauts rassemblent les hommes sous la bannière commune de l’absurdité. Seul triomphe, encore une fois, le bon sens des âmes que leurs blessures ou leur indifférence protège de l’aveuglement des cupides et des sots. Monsieur Jourdain n’en reste pas moins un enfant du Grand Siècle, et Molière pose à travers lui une question plus profonde encore. L’hypocrisie des nobles et l’amour de l’argent des professeurs n’est-elle pas après tout le reflet d’une réalité ? Cet homme qui veut se faire passer pour un autre, est-il la victime d’un système malheureux ou le résultat d’une société pervertie ?

Et vous, connaissez-vous Le Bourgeois gentilhomme ? J’ai adoré la représentation de la pièce au théâtre du Ranelagh, pleine de verve et de musique. L’interprétation des acteurs rend très bien la fragilité du rire moliéresque, qui peut d’un instant à l’autre verser aux larmes lorsqu’on le transpose dans la réalité. L’émotion de certaines scènes n’était pas sans rappeler Le Misanthrope, qui reste pour moi l’une des pièces les plus sérieuses de Molière. 🙂

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